‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 222 sur 247 · VISITE DE LA MÈRE DD ROUSIER · texte numérisé non relu

VISITE DE LA MÈRE DD ROUSIER

Nous nous souvenons qu'au lendemain de son débarquement en Louisiane M™*^ Duchesne avait écrit à une de ses amies : « Si Dieu veut me laisser assez longtemps sur la terre, il me semble que je pourrai encore mettre le pied dans l'Amérique méridionale , ou à Lima , sous la protection de sainte Rose, ma patronne, ou à Carthagène, sous celle du P. Claver'. » Cette seconde conquête, il ne lui fut pas donné d'y travailler elle-même; mais Dieu ne voulut point que ses yeux se fermassent sans en avoir vu l'ouvrière future.

Ce mardi, avant-veille de sa mort, la mère vicaire de l'Ouest, M"*" Maria Cutts, vint de Saint-Louis à Saint- Charles , amenant avec elle une autre religieuse récemment arrivée d'Europe : c'était M™° du Rousier, que la supérieure générale avait envoyée pour visiter ces contrées. Cette dernière n'avait jamais vu M""° Duchesne; mais un pressant désir l'avait poussée à se rendre auprès d'elle en ce jour, malgré un temps affreux et tout ce que l'on put faire pour l'en détourner. M"''^ Duchesne la reçut comme la représentation de la mère générale ; elle lui demanda sa bénédiction, après quoi elle-même consentit à la bénir, « Offrez à Dieu vos souffrances pour le succès des travaux de la révérende mère vicaire, lui dit M™^ Cutts. — Mais je ne souffre pas, répondit la sainte malade. — Eh bien! offrez vos privations. — Oui , je les offrirai. » La mère Cutts fut forcée de revenir le même jour à Saint-Louis, ramenant avec elle la mère du Rousier. Cette visitatrice, bénie par M™° Duchesne, devait, dès l'année suivante, accomplir les vœux de cette mère expirante , en portant le Sacré-Cœur dans l'Amérique du Sud.

Le 17 vit s'aggraver l'état de faiblesse de la vénérable

1 A la mère Thérèse, 13 juin 1821.

mère. Le soir de ce jour, à neuf heures et demie, elle contraignit M""' Régis Hamilton à prendre du repos, en lui disant d'un ton ferme : « Si vous n'allez pas vous coucher, moi je vais me lever. » Celle-ci obéit; mais elle revint bientôt, car elle était inquiète.

Malgré une toux incessante , la malade refusait de prendre aucune boisson , afin de ne pas rompre le jeûne eucharistique et de pouvoir ainsi communier le lendemain. « Prenez, lui dit sa fidèle garde, il n'est pas encore minuit. — En ètes-vous bien sûre? » Il fallut qu'on lui donnât la même assurance à chaque fois qu'on lui présentait à boire. Sa chambre n'avait point de feu : elle . n'avait jamais permis qu'on en allumât. Cependant, la veille de ce jour, on avait profité de son assoupissement pour y mettre un poêle que l'on chauffa un peu. Le matin du mercredi , la malade s'en aperçut et en fit à ses filles un reproche maternel : « Ah ! dit-elle , vous ne pensez qu'aux choses de ce monde ; vous feriez mieux de réciter un Pater et un Ave pour le bien de mon âme. » On lui répondit que la communauté réunie priait dans la chambre voisine. Elle s'en montra reconnaissante : « Oh! que je suis heureuse de mourir dans' une maison où règne la charité! » Elle se confessa et reçut le divin Viatique des mains du P. Verhaegen.

On ne croyait pas encore à un dénouement prochain ; mais un médecin appelé pour constater l'état trouva le pouls tellement faible qu'il dit aussitôt à la supérieure : « Madame, voici que Dieu vous demande le sacrifice; le moment est arrivé. »

Cependant la sainte mourante, recueillant ses forces, répétait avec une admirable ferveur : « Jésus, Marie, Joseph , je vous donne mon cœur , mon esprit et ma vie. » On l'entendait aussi pousser ces soupirs d'impatience vers le ciel : « Venez , Seignem' Jésus , venez , ne tardez pas i

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