INTRODUCTION XXVII
mœurs et de langue , ne trouverait que dans la Religion l'autorité et l'unité capables de faire un corps de tant de membres dissidents et disparates entre eux !
Or, disons-le tout d'abord , cet élément essentiel de cohésion et de force, ce n'est pas dans le protestantisme que l'Amérique peut se flatter de le rencontrer. Le fractionnement moléculaire , auquel le protestantisme est réduit partout , est devenu en Amérique une insaisissable pulvérisation. Les deux pôles opposés auxquels l'erreur aboutit invariablement, le rationalisme d'un côté et l'illuminisme de l'autre, Y sont arrivés à leurs conséquences extrêmes. Ici les unitariens et les universalistes , là les shakers, les spirites et les perfectionnistes conspirent à la destruction totale de l'Évangile; et derrière ces millions de sceptiques ou de fanatiques qui peuplent les États, se dresse , à l'extrême frontière du mal et du mensonge, la secte croissante des Mormons, qui, sous le nom ironique de « saints du dernier jour » , ressuscitent le paganisme dans toutes ses ignominies; qui, sous le nom sacrilège de « nouvelle Jérusalem », reconstituent, dix-huit cents ans après la Rédemption, une nouvelle Sodome !
Mais ce qui n'est pas au pouvoir du protestantisme, le cathoHcisme le possède; et voilà pourquoi, selon l'aveu d'un protestant, « la foi catholique romaine est aujourd'hui le vrai bouclier de l'Amérique ^ »
' Englisk Woman in America, ch. m, p. 95.
XXVIII I.NTRUDLCTION
L'Amérique a premièrement besoin de vie surnaturelle, sous peine de s'en forger de misérables contrefaçons et profanations. Or seul le catholicisme porte en lui une sève de piété qui atteste la présence de Celui qui disait : « Je suis le cep, vous êtes les branches. » Les protestants le confessent : « Le catholicisme de nos jours, a écrit l'un d'eux, semble surpasser beaucoup le protestantisme dans sa vivante imitation du Christ et de ses œuvres. » Et hier même, un évêque de la secte méthodiste, IVP'' Foster, disait dans un discours prononcé à Boston : « J'éprouve pour les catholiques ainsi que pour l'Église catholique romaine une vénération profonde et qui ne fait que croître à mesure que j'avance en âge... J'estime donc qu'il n'est pas permis de les critiquer avant d'avoir déployé un zèle égal au leur dans le service du divin Maître. » Puis , ayant énuméré quelques-unes de nos œuvres et pratiques religieuses: (( Voilà, dit-il, les gens qui n'étaient rien ici il y a soixante ans, et qui maintenant peuplent toutes nos villes protestantes. Avant de nous en plaindre, commençons par acquérir quelques-unes des belles vertus qui les placent au-dessus de nous'. »
L'x^mérique, en second lieu, a besoin d'autorité. Suivant cette loi que plus un peuple possède de liberté politique et civile, plus il lui faut le contrepoids de l'autorité morale , la démocratie américaine appelle comme modératrice une puissance supérieure
' Cité dans le North Western Chronicle, et traduit dans le Bie7i public de Gand, 2 avril 1878.