‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 26 sur 247 · SON NOVICIAT A LA VISITATION · texte numérisé non relu

SON NOVICIAT A LA VISITATION

Il y avait en France , à la fin du siècle dernier, une bourgeoisie de province que son intelligence , son travail et ses connaissances pratiques élevaient chaque jour davantage dans la considération comme dans la fortune. Par la gravité de ses mœurs , son esprit de famille , ses nombreuses et laborieuses générations d'enfants , c'était encore la vieille France ; mais certaines de ses idées en faisaient pressentir une autre. Le souffle des temps nouveaux avait touché le front de la plupart des hommes de cette classe moyenne. Parvenue à l'influence, déjà prête aux affaires, elle rêvait le pouvoir; et quelque chose lui disait qu'elle touchait au jour de son avènement.

C'est au sein de cette condition sociale et presque sur le seuil de cette révolution, que se place le berceau de M'"" Duchesne. Plusieurs de ses proches, hommes publics fort influents , ont pris rang dans l'histoire. Les femmes de sa parenté ont été moins célèbres ; mais elles n'en furent pas moins des femmes supérieures par l'intelligence,

le caractère et la foi , autant de dons qu'ils transmirent à la servante de Dieu dont nous écrivons la vie.

Les Duchesne, établis originairement à Romans, dans la Drômc , y avaient acquis une universelle notoriété commerciale par les produits textiles qu'ils expédiaient en France et dans les colonies. La piété fleurissait traditionnellement au sein de cette famille, comme on en peut juger par le grand nombre de religieuses que, jusqu'à l'époque de la Révolution, elle ne cessa de donner à la Visitation de cette petite ville. On y trouve, à la date de 1770, une jeune fille, Marie-Fortunée Duchesne, mourant à vingthuit ans, dans la paix du Seigneur, en répétant jusqu'à la fin « qu'elle n'avait encore rien fait, rien souffert pour Jésus -Christ, et priant qu'après sa mort on ne parlât jamais d'elle, sinon pour conjurer son très clément Epoux de lui faire miséricorde ». Une autre demoiselle Duchesne, encore pensionnaire dans le même couvent, se sentant près de mourir dans sa treizième année , avait obtenu de recevoir l'habit et de prononcer ses vœux le jour même de sa première communion. Témoin de ce spectacle, sa sœur Claire-Julie avait renoncé aux espérances que lui offrait le monde pour entrer dans ce monastère , qu'elle gouverna longtemps, et dont elle dirigea une colonie dans la Franche- Comté. Précédemment, en l'année 1754, on avait vu M"" Françoise -Mélanie Duchesne saisie soudainement, comme par la main de l'Epoux , sur le seuil de cette même Visitation de Romans, y rester et s'y consacrer au service de Jésus-Christ pour sa vie entière. Il faut encore nommer, parmi les religieuses de la même famille, Marie -Julie Tranchant, que nous reverrons à côté de M"'° Duchesne, penoant les mauvais jours de la Révolution. Or si, comme on l'a dit, c'est déjà une grande avance sur le chemin de la justice que d'être de la race des justes, c'est aussi une

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