SA FAMILLE
grande avance sur le chemin de la sainteté que d'être de la race des saints. De telles intercessions planant sur un berceau expliquent les grâces précoces que nous y verrons descendre. Ces vierges font cortège à M"^° Duchesne dans la voie qui mène à Tautel; et l'on comprend que le Cœur sacré de Jésus- Christ ait été incliné à se choisir un apôtre dans une famille qui déjà lui avait donné tant et de si nobles gages.
M. Antoine Duchesne, négociant à Romans, avait eu de son mariage avec M"° Marie-Louise Enfantin^ deux tils, dont l'un suivit la carrière de son père , et dont l'autre , Pierre-François, entra comme avocat au parlement de Grenoble. Ce dernier se fixa dès lors dans cette ville, où l'éclat de son talent lui valut une alliance riche et distinguée. Il épousa M"^ Rose-Euphrosyne Périer, qui lui apporta , — somme rare à cette époque , — une dot de cent mille francs. Les Périer, avant de se faire un nom dans le monde politique et le monde financier, en avaient un déjà fort considérable dans le monde industriel : les deux familles étaient donc parfaitement assorties. Quant à Pierre- François Duchesne, il ne brillait pas seulement par les dons de parole et d'intelligence qui lui assignaient une place première au barreau de Grenoble, il se distinguait surtout par une énergie de volonté qui d'ailleurs était propre à tous ceux de sa race. Les femmes , en ceci , ne le cédaient point aux hommes, et nous lisons dans les notes consacrées aux Duchesne de la Visitation : « C'étaient des âmes à forte trempe, que l'éducation de l'ancien régime avait encore fortifiées. Tel est bien d'ailleurs le caractère Bachesnc : ce mot est proverbial dans notre monastère, pour exprimer
1 De cette famille était le pure Enfantin, prédicateur fameux des Pères de la Foi.
l'énergie du bien chez cette famille dont, depuis plus d'un siècle , nous avons toujours eu quelques membres parmi nous ^ . »
Nous sommes obligés de dire que malheureusement cette énergie de caractère, M. Duchesne la mettait au service des idées philosophiques et libérales auxquelles nos parlements prêtaient alors un si téméraire appui. Son christianisme en avait ressenti un ébranlement profond. S'il avait encore le respect de la religion , il en avait oublié les devoirs essentiels; et nous verrons comment il ne fallut rien moins , pour le ramener à Dieu , que l'ardente sollicitude d'une fille qui se fit apôtre et victime pour lui.
Cette enfant vint au monde le soir du 29 août 1769, en la veille de la fête de sainte Rose de Lima , dont on joignit le nom à celui de Philippine, qu'elle devait porter. Ce nom, emprunté à celui d'un apôtre, était une sorte de présage de sa mission future ; et ce n'est pas non plus sans un dessein du Ciel qu'elle entra dans la vie sous les auspices d'une vierge que l'Eglise appelle « la première fleur de sainteté produite par ce Nouveau-Monde », dont Philippine devait être un jour le missionnaire -.
Ce fut sans doute dans le dessein de la placer sous un patronage plus auguste encore qu'on attendit, pour lui conférer le baptême , le jour du 8 septembre , fête de la Nativité de la sainte Vierge. On lui donna pour parrain un de ses oncles maternels, Jean -Antoine Périer, et pour marraine, sa grand'mère Elisabeth Dupuis , femme de Jacques Périer. Le baptême fut célébré dans l'église Saint-Louis , alors la
i Notes de la m(">re Françoise -Mathilde Maïu'in, de la Visitation Sainte-Marie de Romans, 19 mai 1876.
2 Primus Americae meridionalis flos sanctitatis, virgo Rosa. {Brev. rom., Il" noct., lect. i, die 30 aug.)