‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 28 sur 247 · SA NAISSANCE · texte numérisé non relu

SA NAISSANCE

seule paroisse de la rive gauche de l'Isère, et les deux familles se firent un devoir d'y assister, comme l'atteste le registre où figurent leurs noms.

Sur la place de Saint -André, et séparé seulement de l'église de ce nom par une rue étroite, en face du palais gothique des comtes de Dauphiné converti dès lors en palais de justice, s'ouvre un couloir voûté, débouchant dans la cour intérieure d'une maison qui porte bien encore le cachet d'un autre siècle, tielle maison était celle de la famille Duchesne. Les transformations de sa façade extérieure et 1h distribution actuelle du logis ne perineltent guère au visiteur de la reconstituer telle qu'elle était alors. Mais l'aspect de l'escalier, qui est d'un grand caractère, et celui de la petite cour, d'un côté percée irrégulièrement d'étroites fenêtres grillées comme celles d'un cloître, et de l'autre présentant quelques ouvertures qui ne sont pas sans style, donnent fidèlement l'image des habitudes sévères et modestes d'une famille qui n'avait pas encore émergé au grand jour de l'illustration. Une porte aujourd'hui murée, mais encore visible, ouvrant sur cette cour, faisait communiquer la maison des Duchesne à celle des l'érier, et permettait ainsi aux deux familles alliées de se voir journellement. C'est là que s'écoula l'enfance de Philippine, à l'ombre, pour ainsi dire , de l'église collégiale de l'apôtre saint André , son modèle dans l'amour des âmes et de la croix.

Dieu, qui, selon l'Ecriture, « façonne les coeurs un à un < » en vue des destinées qu'il leur a assignées , permit bientôt d'entrevoir de quelle matière précieuse il avait fait celui de la jeune Philippine. Elle avait bien la raideur et la ténacité du caractère Duchesne, comme on disait à Grenoble; et qu'il faudra d'années , de travail et de vertu pour assou-

1 Deus finxit sigillatim corda eorum. (Ps. xxxii, 15.)

plir ce caractère, si tant est qu'on parvienne à le refaire jamais ! Mais aussi que de ressources oflrent de pareilles natures, lorsque c'est vers le bien ({u'elles poussent leurs énergies ! On remarqua de bonne heure dans cette enfant d'espérance de précieuses dispositions à la générosité. Une grandeur d'âme naturelle la portait d'instinct à s'oublier elle-même pour se dévouer aux autres. « Elle avait reçu du Ciel une beauté remarquable, rapporte une de ses sœurs ; mais à l'âge de trois ans, ayant perdu, par suite de la petite vérole, une partie de la iinesse native de ses traits, elle ne montra jamais, ni alors ni depuis, aucun regret de cette perte. Au contraire , voyant sa sœur plus favorisée qu'elle de ces dons extérieurs. Philippine, loin d'en ressentir aucune jalousie, était sans cesse occupée à rehausser et à faire valoir les avantages de cette sœur chérie. » Ce renoncement n'est pas d'une femme : on commençait dès lors à sentir un cœur d'homme dans M""*' Duchesne.

C'est dès cette époque aussi (|ue se révéla son amour pour les malheureux. Elle accueillait généreusement les mendiants qui se présentaient à la porte de son père. Elle se dépouillait pour eux de ce qu'elle possédait, leur distribuant aussitôt l'argent (|ue ses parents mettaient à sa disposition ; et comme on lui faisait obsorver que ces petites sommes lui étaient accordées pour ses menus plaisirs : « Mais, répondait Philippine avec une noble candeur, le plus grand de mes plaisirs c'est de faire du bien. »

La virilité de l'esprit répondait à celle du cœur, c'est là le trait principal de cette physionomie. On chercherait en vain, dans ce printemps de la vie de M""' Duchesne, de ces fleurs d'esprit ou de grâce enfantine dont les historiens aiment à parer les débuts des existences illustres. Cette petite fille, par le sérieux de ses goûts, semblait avoir dix ans d'avance sur ses compagnes. « A l'âge où les enfants

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