SES VISITES AUX PRISONS
était M. Revenaz, ancien curé de Tolissieux, au diocèse de Gex. Après avoir parcouru tout le Dauphiné pour y distribuer les sacrements , il avait été arrêté à Saint-Marcellin , dans l'exercice même de son ministère, emmené à Grenoble, et jeté dans la prison de Sainte-Marie-d' en-Haut , avec un compagnon de son apostolat , Joseph-Martin Guillabert, qui devait être aussi le compagnon de son martyre. Appelé plusieurs fois , dans ses héroïques tournées , à raffermir et secourir la ville de Romans et les paroisses voisines, M, l'abbé Revenaz ne pouvait être inconnu à M"° Duchesne.
Quoi qu'il en soit, celle-ci n'eut pas de repos qu'elle n'eût formé une association dans le but de procurer les secours corporels et spirituels aux confesseurs de la foi. Ces intrépides associées prirent le nom de Dames de la Miséricorde. M'"^ Duchesne était la plus dévouée de toutes. « Elle ne craignait pas, raconte une de ses premières sœurs, M"^^ de Coriolis, d'entrer dans les plus noirs cachots des prisonniers, pour leur rendre les soins de la plus humble servante. Un jour, ajouta-t-elle, étant allée visiter des prêtres incarcérés , elle s'entretint longtemps avec eux de son divin Epoux, et lorsque dans la suite elle parlait de cette conversation , on s'apercevait aisément quelle flamme elle avait allumée dans son cœur. »
Un fait analogue, raconté dans une notice sur M. Revenaz, semble éclairer celui-ci d'une précieuse lumière. « Les amis que le prisonnier avait à Grenoble accoururent le visiter, est -il rapporté. S'approchant de l'un d'entre eux , une sainte fille , la consolatrice des prisonniers , paraissait consternée. — « Eh bien, ma fille, lui dit en sou- « riant M. Revenaz, voilà bien du changement opéré de- « puis quinze jours. » Puis la voyant pleurer : « Allez- « vous, lui dit-' I, m'afïliger et m'affaiblir par votre déso-
« lation ? N'est-ce pas une grâce de mourir pour la foi ; et « vous , qui me voulez du bien . pourriez-vous être fâchée « de mon bonheur? — Oh! reprit la sainte fiHe , c'est « bien plutôt que je l'envie; et ma peine vient justement « de ce que je ne puis mourir pour le Seigneur. » M. Revenaz lui dit : « A la bonne heure , maintenant je suis con- « tent de vous. )> L'histoire ne donne pas le nom de cette généreuse fille; mais il sera bien permis de reconnaître là les ardeurs de M"° Duchesne.
Les confesseurs de la foi périrent avec l'allégresse des premiers martyrs. M. Guillabert disait, en apprenant qu'une messe avait pu être célébrée pour lui : « Le sang de l'Agneau olïert pour moi me fait rougir de vouloir encore conserver le mien. J'ai puisé dans ce sacrifice des forces qui, je l'espère, me soutiendront jusqu'à la vie éternelle. » M. Revenaz, transporté de Sainte-Maric-d'en-Haut dans les Basses -Fosses de la Conciergerie, que lui-même appelait « le vestibule du paradis », monta sur l'échafaud le 26 juin 1794, en prononçant ces mots : « Vive Jésus, pour qui je meurs ! Je lui rends vie pour vie , et amour pour amour ^ «
1 Je dois à l'obligeance de la petite-nièce de M. l'abbé Revenaz (M™e Pastré, née* Revenaz) communication d'une lettre si admirable du prisonnier à sa sœur, que l'on nous permettra de la publier ici. Elle est datée du 7 juin, dix -neuf jours avant sa mort :
« ... Si le Seigneur me veut encore quelque temps en prison, les vêtements que j'ai me suffisent; agréez que je vous prie de ne pas m'en faire faire d'autres. Si je vais à la guillotine , j'en ai encore moins besoin. Si je suis déporté, des A^étements grossiers me suffisent, et seront convenables au voyage et à la dignité glorieuse qui me rendra si semblable aux Apôtres, quoique bien inférieur à eux en tout genre et indigne d'avoir part à leur gloire.
« La nouvelle que vous m'avez donnée sur mon sort nous afl'ecte.