‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 39 sur 247 · SON DÉVOUEMENT SOUS LA TERREUR · texte numérisé non relu

SON DÉVOUEMENT SOUS LA TERREUR

C'était peu pour Philippine de visiter les apôtres , elle se fit apôtre elle-même pour les suppléer; heureuse, si Dieu le voulait, d'acheter la même mort au prix des mêmes audaces. Dans ce dessein, elle n'avait pas tardé à abandonner la maison de sa tante pour s'établir librement dans l'appartement que nous lui avons vu prendre avec sa compagne. « Chaque jour, dès le matin, nous raconte sa sœur, après avoir rempli ses exercices de piété , Philippine allait visiter les malades, auxquels, dans ces temps malheureux, il était difficile de procurer les secours de la religion. Cherchant, dans les réduits où ils se cachaient, les prêtres fidèles et proscrits, elle les conduisait, à travers mille

vous et moi, chère et tendre amie, biea différemment. Js suis trop inconstant pour ne pas craindre les longues épreuves de la déportation, et j'aimerais bien faire mon salut en gros, car je crains bien de le mal faire en détail : mais je n'ai aucune volonté à ce sujet. Je suis indigne de la grâce du martyre ; je me rassure sur la miséricorde de Dieu, qui m'a choisi pour souffrir pour son nom, et j'espère soumettre dans tous les temps ma volonté à la sienne. Mais, je le répi"'te, la guillotine est le chemin le plus court pour aller au ciel. »

Envisageant l'hypothr'se de la déportation , l'apôtre continiie : « Une autre peine pour moi , c'est d'avoir si mal mis mon temps à profit dans les années de la paix : j'aurais aujourd'hui des connaissances utiles pour les bi-ebis auxquelles je pourrai être envoyé... Mais je ne cesserai de mettre ma confiance dans le souverain Pasteur, sachant et croyant fermement qu'il suppléera à ma faiblesse et infirmité s'il a ordonné de m'envoyer au loin. A l'exemple de saint Paul , je dirai et penserai toujours : « Je puis « tout en Celui qui me fortifie. »

« ■}■ Salut et fraternité , unité et indivisibilité de foi , de communion et de charité.

« F.-M. Revenaz, Prêtre , confesseur et prisonnier de Jésuç-Christ.

« Le cinquii'me mois et le neuvième jour de ma gloire. »

dangers, auprès des mourants. On ne saurait énumérer les pratiques de charité héroïque qu'elle a accomplies en pareilles circonstances. »

Sa sœur en cite un trait : u Un jour, calculant qu'une pauvre femme, près de mourir, ne pourrait recevoir les sacrements dans sa maison, elle la transporta dans son propre logement , et la coucha dans le lit qu'elle partageait d'ordinaire avec la rehgieuse dénuée de toute ressource qu'elle avait recueillie. Celle-ci, rentrant le soir, fut fort surprise de se voir ainsi remplacée, et ne put s'empêcher de sourire. M"" Duchesne l'engagea à passer la nuit en priant comme elle pour l'agonisante, qui mourut entre leurs bras, bénissant une si forte charité. »

« Du reste , ajoute sa sœur, ces pieuses veilles se renouvelaient souvent pour Philippine, soit auprès des malades, soit dans l'assistance au divin sacrifice, qu'on ne pouvait célébrer que furtivement, pendant la nuit. » Ses parents, effrayés de l'audace de son zèle, lui en faisaient parfois redouter les conséquences. Elle n'en tenait nul compte : « Toute ma gloire et mon bonheur, répondait- elle, consiste à servir mon divin Sauveur dans la personne des malheureux. »

Enhn vinrent les jours où la France essaya de se reconstituer ; la famille puissante des Duchesne-Périer apporta à cette œuvre le concours de son intelligence pratique des affaires. En 1795, MM. Claude Périer et Pierre-François Duchesne furent appelés par le sulfrage de leurs concitoyens à siéger, comme députés, au Corps législatif. M. Duchesne, homme d'une grande indépendance de caractère, se signala par son ardente opposition au coup d'Etat du 18 brumaire. Appelé plus tard.au Tribunat, qu'il eut môme l'honneur de présider plusieurs fois , il vota avec Carnot contre le consulat à vie ; puis , vaincu dans

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