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SES ARDEURS APOSTOLIQUES

cette lutte, et voyant que c'en était fait de la liberté, il donna sa démission et rentra à Grenoble, ayant perdu beaucoup de ses espérances politiques, sans avoir rien perdu de ses convictions.

L'ambition de sa fille visait un but plus haut. Désireuse non seulement de restaurer en France la royauté de Jésus- Christ, mais de dilater son empire par de nouvelles conquêtes , souvent elle portait ses vœux vers les missions étrangères. « Mais, dit-elle, je ne pouvais songera y aller dans un temps où les mers semblaient fermées pour toujours. »

D'autres fois , elle projetait de procurer le rétablissement de la grande Chartreuse, et elle-même raconte qu'elle récita , pendant plusieurs années de suite , l'oraison de saint Bruno à cette intention. « Mais je demandais plutôt le retour des Chartreux que notre installation dans leur monastère, explique-t-elle quelque part; Dieu voulait peut-être que j'unisse mes prières aux leurs. » A quoi elle ajoute cette parole remarquable : « Il me semble qu'alors ce grand Dieu m'avait donné des pressentiments dont je ne voyais pas la fin, mais qui ne forçaient à demander; car depuis que ces saints solitaires sont chez eux , je n'ai même plus retrouvé dans ma mémoire la prière que j'avais récitée par cœur à leur intention. » Qui pourrait dire combien il entra ainsi de prières cachées dans l'œuvre de la restauration de l'Eglise en France ?

Cependant au-dessus de tant de projets et de désirs qui passaient devant ses yeux, s'élevait toujours l'image sacrée de Sainte -Marie -d'en -Haut. « Le monde, écrit-elle, fut toujours pour moi une terre d'exil , un pays étranger ; et Sion, ma patrie, demeura l'objet constant de mes désirs et de mes projets les plus chers. L'habitation après laquelle je soupirais était le sanctuaire de la religion; et une incli-

nation particulière me portait vers celle qui m'avait vue naître à la piété. » Et ailleurs : « Jamais, proteste-t-elle, je ne fus dégoûtée de ma vocation. Sans doute, dès le moment de notre dispersion , plusieurs ordres religieux et plusieurs pays partagèrent ma pensée; ce fut l'objet des prières que je faisais pour connaître la volonté de Dieu. Je changeais quelquefois de lieu et de société; mais jamais ma pensée ne s'y est arrêtée jusqu'à perdre de vue mes hautes espérances. »

En attendant qu'elles pussent se réaliser, la Providence ouvrit un nouveau champ au zèle de la servante de Jésus- Christ. Comme, durant la Terreur, il l'avait appliquée aux œuvres de miséricorde envers ses prêtres proscrits, prisonniers ou martyrs , de même maintenant il lui demanda de s'occuper de ses enfants les plus pauvres , les plus ignorants , les plus délaissés , en lui présentant , dans un de ses saints les plus populaires, le patron et le modèle de cet apostolat, comme elle-même le raconte.

« Je saisis l'occasion d'un voyage à Romans pour aller au tombeau de saint François Régis. J'étais fort pressée de faire ce pèlerinage par un Père Jésuite qui demeurait sur la route , et que moi-même je désirais consulter. Je me fis accompagner par un domestique de ma grand'mère, très dévot au saint auquel il devait la santé, ayant été guéri, par son intercession, d'une langueur qui avait fait désespérer de sa vie. C'était le 3 mai, fête de l'Invention de la sainte Croix, 1800. J'ai su après que ce jour avait été celui de la mort du Jésuite qui m'avait pressée de faire ce voyage. Ainsi je ne le vis point , non plus que le saint archevêque de Vienne, M^^ d'Aviau, qui, imitateur de la vie apostolique de l'apôtre du Vélay, s'était caché près de son tombeau dans ces temps orageux. »

Ce sanctuaire de la Louvesc, qui devait laisser un sou-

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