‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 41 sur 247 · SON PÈLERINAGE A LA LODVESC · texte numérisé non relu

SON PÈLERINAGE A LA LODVESC

venir ineffaçable dans Tàme de M™® Duchesne, ne lui fît alors qu'une impression douloureuse. La foule cependant se pressait ce jour-là autour du tombeau du puissant thaumaturge; mais c'était un tombeau vide. Le corps de saint Régis , sauvé des fureurs révolutionnaires , n'y avait pas encore été reporté '. « Tout en ce lieu, dit M'"" Duchesne, respirait la tristesse et la désolation. On ne pouvait célébrer la messe dans l'église; plusieurs figures d'anges soutenant le saint étaient brisées. Une poussière épaisse couvrait son autel , un autre autel était en pièces. La messe se disait dans une grange bien pauvre , et je ne pus y communier, à cause de l'affluence; j'eus cependant ce bonheur, quand la foule se fut retirée. »

Il ne faut pas chercher des consolations sensibles dans la vie de M"°° Duchesne. Elle déclare que la Louvesc ne lui en donna point. « Le juste vit de la foi; » et ce que sa foi était venue chercher en ce lieu , c'était uniquement un intercesseur et un modèle. Or l'histoire de saint Régis lui présentait un type de sainteté et d'action éminemment sympathique à son genre d'attrait de nature et de grâce.

Au commencement du xvii^ siècle, sous le règne de Louis XIII, de lo97 à 1640, on avait vu un religieux de la Compagnie de Jésus porter, dans les montagnes du midi de la France, le zèle et la charité des premiers apôtres de l'Evangile. Jean-François Régis, à peine sorti du noviciat, où il avait été admis par le Père Suarez, s'était mis à parcourir les bourgs et les villages , appelant autour de

1 Ce ne fut que deux ans après, le 12 juillet ]802, que, répondant aux vœux de Mp- d'Aviau , l'évéque de Mende , M^r de Chabot , fit cette translation , et rendit sa décence , sinon sa splendeur, au tombeau que M»» Duchesne avait trouvé dans l'abandon, ainsi qu'elle le raconte.

lui les enfants et les pauvres , visitant les chaumières , soignant les malades et les pestiférés, multipliant peureux le blé de leurs greniers , guérissant les infirmes , convertissant les hérétiques, réconciliant les pécheurs, sauvant les pécheresses de la perdition , entraînant à sa suite des p>opulations entières qui l'appelaient le Saint, et ne pouvaient se rassasier de sa parole. C'était une parole singulièrement simple, toute catéchistique, faisant invariablement et uniformément retentir les grands mots de salut et d'éternité. Mais cette parole était vivifiée par l'exemple, embrasée par l'amour, fécondée par l'union fidèle à Jésus -Christ. Il priait jour et nuit, et on l'entendait répéter durant ses longues veilles : « Mon Dieu, que veux-je, sinon Vous, au ciel et sur la terre? » — « L'amour de Dieu, disait quelqu'un, est l'âme de son âme. » Il jeûnait ; sa nourriture était l'eau et le pain , avec un peu de. lait et quelques fruits. Trois ais ou le plancher nu lui servaient de couchette ; il prenait la discipline et portait le cilice, se faisant victime volontaire pour ceux qu'il déclarait aimer plus que lui-même. « J'ai été envoyé , répétait-il , pour évangéliser les pauvres. » Et les appelant à lui : « Venez , mes enfants , vous êtes mon trésor et les délices de mon cœur ! » Les fatigues , les voyages à travers les montagnes , les forêts , les précipices et les neiges , les dérisions , les coups , les persécutions , les épidémies, le contact des maux et des ulcères, la faim et la soif, rien ne lui coûtait, rien ne le rebutait pour le salut de leurs âmes. Il aspirait au martyre. Pendant dix ans il ne cessa de demander d'être envoyé parmi les plus féroces tribus du Canada : « Quel bonheur pour moi , disait-il, si je pouvais mourir en travaillant au salut des Hurons et des Iroquois! » Son supérieur dut lui refuser cette faveur : il y avait trop de demandes pour la même mission. En revanche, toutes les Cévennes, leVivarais,

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