‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 42 sur 247 · SAINT FRANÇOIS RÉGIS, SON PATRON · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS RÉGIS, SON PATRON

le Livonage , Je Vélay et le Forez , les villes, les campagnes surtout, furent remuées, transformées par la puissance merveilleuse de son apostolat. 11 n'avait que quarante-trois ans quand, la veille de Noël, arrivant épuisé au petit bourg de la Louvesc, il sentit approcher l'heure de sa délivrance. Le 31 décembre 1640, peu avant minuit, le ciel s'ouvrit à ses yeux : « Quel bonheur, s'écria-t-il, et que je meurs rontent! Je vois Jésus et ^'arie (|ui viennent audevant de moi. » Puis, disant Vin manin^ , il s^(;n était allé au séjour des bienheureux.

Tel était le saint prolecteur que M"* Duchesne était 'venue invoquer, tel était le patron dont elle était venue méditer les vertus dans ce pèlerinage. Il y eut désormais d'elle à lui une alliance que nous verrons se continuer et se resserrer de plus en plus, à mesure que M"^ Duchesne s'éloigne davantage de la patrie de la terre et s'avance vers l'autre. 11 n'y a rien de plus beau, dans l'histoire des âmes, que ces fraternités entre la terre et le ciel. C'est la communion des saints qui commence ici-bas; 6'est l'anti* cipation des unions de l'éfernité.

« Je partis de la Louvesc, dit M™® Duchesne, bien occupée de procurer l'instruction des pauvres, â l'exemple de saint François Régis. » Tel fut le principal fruit de son pèlerinage, ainsi qu'elle l'explique : « Arrivée à Grenoble, Où s'étaient conservées encore de bonnes écoles pour les petites filles, je choisis de petits garçons tout à fait abandonnés et vivant comme des animaux. Il fallut beaucoup de peines pour en rassembler quelques-uns , ne fût-ce que trois ou quatre. Quelques repas et la promesse de quelques vêtements les déterminèrent enfin à venir régulièrement une heure tous les jours. Ceux-ci attirèrent plusieurs de leurs camarades; j'eus ainsi quinze ou vingt enfants de bonne volonté, mais d'une légèreté insoutenable, et si

bruyants qu'ils faisaient courroucer contre moi toutes les personnes de la maison. Leur empressement à me saluer dans les rues m'était aussi un supplice : j'avais l'air de connaître tous les porteurs de fumier. Ils me montraient a leurs parents, dont plusieurs m'en voulaient, parce que je leur défendais de travailler le dimanche. Enfin, si l'amour de saint François Régis ne m'avait soutenue, j'aurais plusieurs fois quitté mon apostolat. J'y eus cependant quelques consolations : plusieurs de ces enfants, qui ignoraient le nom des trois personnes divines, apprirent tout le catéchisme , leurs prières et plusieurs cantiques , qu'ils répétaient à leurs parents. Ils se confessèrent tous, et plusieurs firent leur première communion. » La future missionnaire des Indiens du Nouveau-Monde préludait déjà à ce lointain ministère , par ces premiers travaux.

M""^ Duchesne ajoute : « Je m'arrête avec complaisance à parler de ces enfants, parce qu'ils ont été un rude exercice à ma patience , et que je crois leur devoir la maison que nous possédons. »

La maison dont elle parle était son cher monastère de Sainte-Marie-d'en-Haut. Devenu bien national, il était inhabité, excepté le dimanche, où le concierge y tenait une sorte de cabaret pour ceux qui allaient se promener sur la montagne. M"° Duchesne raconte la visite qu'elle en tit, dans un jour solennel, en la fête de la Pentecôte de 1801 : « J'étais avec d'anciennes religieuses carmélites, et je les entretins presque uniquement de mon amour pour cette solitude. Le désir d'y retourner m'animait dans le cours de la conversation ; il me semblait déjà voir la Visitation relevée de ses désastres, et, de plus, une maison de Carmélites établie dans l'ancienne aumônerie. » M'^® Duchesne avait amené avec elle sa jeune sœur et sa petite nièce, Amélie de Mauduit, alors âgée de trois ans. Philippine

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