SA VISITE A SAINTE- MARIE
montrait un à un à ses compagnes les lieux qui lui rappelaient son bonheur passé. Arrivée sur la terrasse où pous sait une herbe épaisse , elle ne fut pas peu surprise d'entendre sa nièce s'écrier, en se roulant et folâtrant sur ce tapis de verdure : « Oui, je viendrai ici, j'y serai pensionnaire, et j'y ferai ma première communion. » Cette étrange parole frappa M"® Duchesne , habituée à tenir compte de toute indication de la volonté céleste : « Mon Dieu, s'écria- 1- elle, vérifiez ce présage que vous avez inspiré aux lèvres d'une enfant' 1 » Il lui sembla plus tard que, dans cette réunion, en une pareille fête, d'une novice visitandine , de religieuses carmélites et d'une future pensionnaire , le Seigneur avait voulu lui donner une image de ce que devaient être un jour, dans le même lieu, l'esprit, la dévotion et le ministère du Sacré-Cœur.
Dès ce moment, son désir se changea en un dessein arrêté de racheter Sainte -Marie. Selon son habitude, elle négocia d'abord l'aflaire avec le Ciel. Ainsi fut passé, entre elle et son protecteur saint François Régis, un contrat bien en règle , dont la teneur suit : « Si dans un an je suis à Sainte-Marie- d' en-Haut , conformément à mes désirs, 1° j'enverrai quelqu'un à la Louvesc pour y faire dire une neuvaine de messes au tombeau de saint François Régis, et une neuvaine de prières ; 2° je communierai tous les ans le jour de sa fête, jeûnant la veille en son honneur; et, si cela est impossible, je me ferai suppléer; 3° j'établirai dans la maison un oratoire en l'honneur de ce saint; 4" j'instruirai ou ferai instruire douze pauvres dans la religion*. » Ce vœu de M"^ Duchesne, cet engagement au service de la foi et de la charité , était digne d'elle et de celui qui en recevait le serment.
1 j^ime de Coriolis, Histoire manuscnte du Sacré-Cœur, f"« 53, p. 3 et 4. — - Id., ihid., p. 5.
La seconde protection qu'elle se ménagea fut celle des enfants qu'elle catéchisait : « Je les fis prier afin que Dieu m'éclairât, car le temps de la divine miséricorde approchait pour moi. » A quoi elle ajoute ces paroles de foi : « Mes affaires étant si bien recommandées, mon courage se rehaussa et je commençai à agir, »
Sa première démarche fut de s'assurer le suffrage de plusieurs hommes de Dieu. Elle s'adressa d'abord à M. Brochier, vicaire général, ancien confesseur de la foi, qu'elle avait pu rencontrer naguère dans les prisons de Sainte-Marie-d'en-Haut. Cet homme plein d'expérience, et animé du seul esprit de Jésus-Christ, lui fit une réponse dont le premier et dernier mot était : « Le doigt de Dieu est là. » Un autre prêtre de haute vertu, que nous retrouverons souvent dans cette histoire , M. l'abbé Rey, vicaire général , fit la même réponse. M^'^ Duchesne nous apprend qu'elle avait aussi grande confiance dans uii ëaint prêtre qui desservait alors l'hôpital de Grenoble, et qui se recommandait par sa dévotion au sacré Cœur de Jésus. Comme c'était ce divin Cœur dont elle conspirait à rétablir le règne, elle s'adressait de préférence à ses partisans, pour les engager dans son saint complot.
Ses démarches commencèrent par une requête concertée avec l'ancienne supérieure de Sainte -Marie, la mère de Murinais, et adressée, au nom des religieuses survivantes, à M. du Bouchage, administrateur du département. Cependant l'entreprise languissait sans résultat , lorsque M"^ Duchesne fit agir sa famille. Le mari de sa grande amie, M. Savoie-Rollin, ayant fait à cette époque une grave maladie , Philippine le soigna avec un dévouement si généreux que sa cousine, touchée de reconnaissance, lui demanda quel moyen elle aurait de reconnaître une telle charité. « Il n'y a qu'une seule chose qui puisse me faire