LE CULTE RESTAURÉ A SAINTE-MARIE
Le surlendemain 27, fête de l'apôtre saint Jean, elle fut fière d'en faire montre à deux illustres visiteurs ecclésiastiques. C'était M""^ Spina , archevêque de Corinthe in partibus, et M*"" Caselli, tous deux revêtus plus tard de la pourpre romaine. Ces deux prélats , venus en France pour le Concordat, avaient été conduits à Sainte- Marie -d'en- Haut par M. l'abbé Rivet et M. Savoie -Rollin, qui leur avaient parlé du généreux projet de M"^' Duchesne. Ils bénirent ce premier germe de la résurrection de la vie religieuse; et M™" Duchesne témoigne de la joie qu'elle et ses sœurs ressentirent à paraître en uniforme, dès cette première revue des légats du grand Roi. Elle regarda leur visite comme étant pour son œuvre la sanction de l'Eglise, dont ils étaient la haute représentation.
D'ailleurs, son zèle pour le culte public de Jésus-Christ avait devancé l'acte de la promulgation de la paix religieuse. Elle n'osait pas encore ouvrir aux fidèles la porte extérieure de l'église de Sainte -Marie, mais elle trouvait moyen de les y introduire par l'intérieur du couvent, et l'office s'y célébrait avec solennité. « Ainsi, dit M""^ Duchesne, notre église de Grenoble fut la première où le culte catholique parut dans sa splendeur après la révolution. » C'est ainsi que le 29 janvier 1802, la fête de saint François de Sales fut célébrée dans ce sanctuaire, encore plein de son souvenir. « Je goûtai en ce jour, dit M'"'' Duchesne, les plus pures consolations. Plusieurs prêtres respectables vinrent nous donner la messe avec cette effusion de joie que produit, dans les saintes âmes, la vue d'une œuvre qui peut tourner à la gloire de Dieu. » C'était donc le ciel tout entier, Jésus -Christ et ses saints, qui venaient reprendre possession de leur première demeure.
Mais il était plus facile de réparer et d'ouvrir l'enceinte de la maison que de la repeupler. La première sollicitude
de M""" Duchesne avait été de rappeler les anciennes mères de Sainte-Marie dans leur monastère, ne cessant de les presser de venir la rejoindre; on ne la comprenait pas. Il n'y avait pas, grâce à Dieu, une seule des religieuses qui ne fût restée lidèle; mais de nouvelles habitudes étaient nées de dix ans de sécularisation ; et, comme il arrive souvent dans les choses humaines, de petites considérations prévalaient sur les grandes vues de M"° Duchesne : — Pourquoi tant s'empresser de nous faire rentrer pour habiter ces ruines, avant qu'une pleine sécurité soit rendue au pays, que le Concordat soit en vigueur, les couvents reconnus, et leurs biens restitués? Puis, quelle était cette novice qui avait la prétention de régenter tout le monde? Quels étaient donc ses titres? De qui tenait-elle son mandat? D'où venait cette petite bourgeoise? — « Je passai des moments bien amers à cette, époque , « raconte M*"" Duchesne.
Une lettre à M""» de Mauduit, du 14 février 1802, nous livre le secret de ce cœur déchiré, mais résolu et confiant. « La plus sensible de mes peines est l'opposition de quelques personnes, dont je n'attendais que de la reconnaissance. J'ai bien fait parler de moi de diverses manières ; mais comme je n'ai point agi pour la gloire mondaine, je ne me suis pas déconcertée par le blâme, ni n'ai trouvé ma récompense dans les louanges. Je la reçois de Dieu seul et de l'indicible joie de me revoir dans sa maison. » Faisant ensuite mémoire de la visite de M^ l'archevêque de Corinthe et de la bienveillance secourable de quelques personnes : « Ma confiance s'anime, lorsque je réfléchis sur la charité qu'on m'a montrée et qui rappelle celle des anciens temps. On a tort de dire qu'elle s'est refroidie parmi les tidèles; car j'en ai vu, les larmes aux yeux, m'offrir de l'argent avec autant d'instances que