‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 50 sur 247 · LA VISITATION QUITTE SALNTE-MARIE · texte numérisé non relu

LA VISITATION QUITTE SALNTE-MARIE

Le jour OÙ Philippine vit ses sœurs et leur mère descendre sans retour la colline de Chalmont, elle crut que c'en était fait de son cher monastère. Tout lui semblait fîiij ; qui ne l'eût pensé commue elle ? C'était au contraire alors que tout recommençait. « Est-ce que, dit Notre- Seigneur, on verse du vin nouveau dans des outres vieilles? est-ce qu'on coud un morceau neuf à une étolFe ancienne ! » A une œuvre nouvelle il fallait nécessairement des éléments nouveaux. Dieu les avait préparés ; et le jour même où Sainte-Marie redevenait un tombeau par l'abandon qu'en faisait la Visitation, le berceau du Sacré-Cœur apparut aux yeux de M"« Duehesne.

En effet, à l'heure même où PhiHppine, comme autrefois les saintes femmes de l'Evangile, pleurait auprès du sépulcre de ses espérances , elle reçut une visite qui fut comme l'apparition de l'ange de la résurrection. M. Rivet vint la voir, Xous l'avons vu déjà se rendre auprès d'elle le soir de lacquisition du monastère de Sainte - Marie. C'était un de ces hommes toujours attentifs au signal d'en haut , que la Providence envoie aux heures solennelles ou décisives de la vie , pour la manifestation de la volonté de Dieu. Entrant dans la douleur de M"'' Duehesne, il la plaignit dabord ; puis , la réconfortant , il lui fit remarquer que naguère , à pareil jour, sainte Thérèse avait commencé sa réforme du Carmel, et que toute la ville s'était soulevée contre elle. Puis, laissant le passé, il lui parla de l'avenir. Déjà, précédemment, il lui avait fait entrevoir la possibilité d'attirer à Sainte-Marie une congrégation récemment fondée dans la ville d'Amiens , et pour laquelle il professait une estime particulière. « J'avais eu dès ce premier moment une profonde inclination pour cet ordre naissant, écrit Philippine, et sans le désir que j'éprouvais, dans la défection générale , de prouver au monde

que le joug de Jésus-Christ me plaisait malgré tant de traverses, j'aurais demandé de m'y joindre à l'instant. » Mais l'heure n'était pas venue , et les précédentes ouvertures de M. Rivet n'avaient été encore qu'une indication.

Cette fois , il s'expliqua plus catégoriquement. La Congrégation dont il l'avait entretenue avait pour fondateur un de ces vaillants missionnaires qu'elle pouvait connaître ; car alors ils parcouraient le Dauphiné et tout le Midi , sous le nom de Pères de la Foi, ressuscitant le ministère, les vertus et les succès de saint François Régis, La petite famille d'Amiens avait pour ohjet le rétahlissement de la religion en France par l'éducation chrétienne des jeunes filles , attrait ancien et persévérant de Philippine. Son inspiration et son modèle était le Cœur sacré de Jésus , dévotion déjà si chère à la Visitation et à M"® Duchesne. Ses règles s'inspiraient de celles de l'ancienne Compagnie de Jésus , qui avait donné à l'Eglise saint François Régis et saint François Xavier, les deux saints préférés de cette âme d'apôtre. La maison mère était actuellement au centre même de la sainte Eglise , à Rome , où les religieuses portaient le nom de dilette, en attendant que des temps plus libres leur permissent d'arborer hautement le signe du sacré Cœur. L'humilité, la piété, la générosité de la communauté d'Amiens faisaient tout espérer de ce germe visiblement béni par le Tout-Puissant « Je ne puis dire combien cette conversation me consola, » écrit M™° Duchesne. Ses désirs , mieux éclairés , se renouvelèrent plus ardents. 11 fut convenu, dès ce jour, que M. Rivet écrirait au Père Roger, un des Pères de la Foi, afin de l'informer que Sainte-Marie était libre, et le prier d'engager le fondateur des nouvelles religieuses d'Amiens à envoyer à Grenoble une petite colonie de leur Société.

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