ELLE APPELLE LE SACRÉ -COEDR
Les négociations commencèrent dès lors, mais elles marchèrent lentement : « Cette réunion était une faveur qu'il fallait mériter par une longue attente, » observe M"^" Duchesne. L'attente fut féconde. C'est à partir de ce jour que, contre toute espérance , le monastère commence à faire de nouvelles recrues, et qu'on voit la Providence rassembler les éléments de l'œuvre nouvelle , qu'elle prenait visiblement sous sa protection. Ces éléments sont faibles et ces recrues sont humbles; mais sous des noms obscurs se cachent de très saintes âmes. La sœur de M. Kivet entra à Sainte-Marie après la Toussaint, à la suite d'une retraite faite au monastère. C'était une femme de mérite et d'une grande bonté , une mère dévouée et capable de préparer le berceau d'une institution. A Noël une pieuse fille, M"^ Balastron , se joignit au petit groupe. On ouvrit un pensionnat. Une enfant pleine de candeur, nommée Emilie Giraud , déclara son dessein de se faire religieuse. L'attraction du Cœur de Jésus commençait à se faire sentir sur la sainte montagne; on eut un commencement d'organisation. Craignant qu'on ne pensât à elle pour être supérieure , et estimant prudent de se tenir à l'écart, M'"^ Duchesne fit conférer ce titre et cette autorité à M""^ Rivet. La petite association prit , en attendant mieux , le nom de Filles de la Propagation de la foi. C'était un nom prophétique pour fUme Duchesne. Une règle provisoire fut donnée aux sœurs par M. Brochier. Enfin le 3 mars 1803 , ce digne prêtre reçut leurs vœux simples de chasteté et d'obéissance. « J'eus l'extrême consolation , dit M™" Duchesne , de voir enfin dans cette maison une forme religieuse et les pratiques en usage dans les communautés. En cette même année, le pensionnat atteignit le chiffre inusité de dix-huit élèves. Quoique nous fussions contentes, — et il faut convenir qu'elle se contentait de peu , — entre nous cepen-
dant nous aspirions toujours à un établissement où il y eût plus à taire pour Jésus-Christ. »
Les négociations entamées à Belley entre M. Rivet et le Père Roger n'avaient pas encore amené de conclusion , et déjà M"^'' Duchesne se fatiguait de ces lenteurs , lorsque arriva à Grenoble l'hommÊ qui devait mettre tin à ses incertitudes, et faire briller sur elle la lumière de Dieu.
Le Père Joseph Varin était connu dans la province , où il avait porté , avec ses prédications , l'édification d'une sainteté et d'un zèle plus éloquents encore que sa brûlante parole. Soldat devenu religieux, il avait de l'un la vaillance et la décision , il avait de l'autre l'esprit de prière et labandon au seul mouvement de Dieu. C'était sur ces deux vertus de Courage et de Confiance qu'il avait fondé la modeste compagnie des religieuses enseignantes établies à Amiens. Le petit nombre de sœurs dont se composait alors la naissante Société l'avait fait hésiter et tarder longtemps à accepter Grenoble; il n'en fut plus de même quand il lui eut été donné de voir M"^° Duchesne.
Elle-même raconte ainsi cette visite du Père : « 11 arriva chez nous la veille de la fête de saint Ignace, 30 juillet 1804, avec M. Roger. Le lendemain, après la messe, tous deux parcoururent la maison ; et je les suivais par derrière, sans pouvoir surprendre un seul signe qui trahît leur satisfaction ou leur éloignement. Le soir, au Salut, l'Esprit-Saint mit au cœur du Père Varin l'entière décision en notre faveur, mais il ne nous dit rien. Il devait partir ie lendemain. Ce jour-là, M"^^ Rivet et moi allâmes encore voir nos deux Pères après la messe. Le Père Vaiùn ne parla que de la sainte indifférence et de la lenteur avec laquelle s'opéraient les œuvres de Dieu. Je répondis que l'Ecriture nous le représentait, au contraire, cauj'ant à pas de géant; et j'ajoutai que si saint François Xavietr eîii agi