‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 52 sur 247 · LE PÈRE VARIN ACCEPTE SAINTE -MARIE · texte numérisé non relu

LE PÈRE VARIN ACCEPTE SAINTE -MARIE

si posément, il n'aurait pas tant fait d'œuvres et parcouru tant de pays. Le Pore rit de mon émotion, et dit que c'était vrai, qu'il ne fallait plus de retard, qu'il allait conséquemment nous envoyer M™" Barat pour former une maison , et cela dans très peu de temps. Cette consolante promesse m'ôta une montagne de dessus le cœur. Cette journée fut une journée d'allégresse. »

Toute silencieuse qu'elle fût, l'impression du Père Varin à la vue de cette grande âme n'en avait pas moins été celle d'une profonde et sympathique admiration. Toutes ses lettres de cette époque en portent témoignage; et venu à Amiens pour décider le départ de la future colonie, il exprimait ainsi l'espoir qu'il fondait sur M""^ Duchesne : « Vous trouverez là des compagnes qui vous seconderont; mais une surtout!... N'y eût-il que celle-là, il faudrait aller la chercher au bout du monde. »

Elle-même se mit dès lors à tout préparer pour la réunion. On la voit à cette époque demander et obtenir, par le crédit des MM. Périer et par l'intermédiaire de M. de Gerando, secrétaire général au ministère de l'intérieur, la reconnaissance légale de son établissement comme maison enseignante. En même temps elle adressait les lettres les plus pressantes au Père Varin. Celui-ci lui faisait les réponses suivantes : « Votre persévérance et celle de vos compagnes dans le projet de réunion que nous avons arrêté m'est un gage que le bon Dieu en bénira l'exécution. Je ne vous ai point trompée lorsque je vous ai assurée que votre famille me serait aussi chère que la mienne... Soyons non à nous, mais à Jésus-Christ. » Toute à Jésus, en effet, M""® Duchesne ne se contentait pas d'intéresser à son œuvre les puissances humaines, mais elle importunait le Ciel de ses vœux. « Me tournant, écritelle, vers la Mère de bonté, je fis commencer avec M°»^ Ri-

vet une neuvaine de jeûnes , de communions et de prières en l'honneur de Marie. » En même temps, elle et ses sœurs s'empressèrent d'écrire à M'°« Barat.

i\Imo Barat, que Philippine ne connaissait encore que de nom, était depuis trois ans supérieure de la petite communauté d'Amiens. Elle avait vingt-cinq ans, juste dix ans de moins que M"** Duchesne. L'autorité ne lui venait ni de son âge, ni de sa naissance, qui était petite, ni même de son éducation, si solide qu'elle fût; elle lui venait d'une sainteté humble, douce, charitable, qui faisait dès lors aimer et respecter en elle la fidèle représentation de l'autorité de Dieu. M"'° Duchesne put entrevoir quelques-uns de ces dons, quand elle et M'"° Rivet reçurent de l'humble supérieure la réponse suivante : « J'ai reçu votre lettre, qui m'a comblée de joie en me montrant des âmes si bien disposées et conséquemment si propres à remplir les desseins de l'aimable Providence. Vos dispositions me font vivement regretter que le Seigneur ait daigné jeter les yeux sur moi pour les cultiver... Mais les plantes qu'on cultive dans un jardin fertile demandent moins d'art et de soin de la part du jardinier; voilà ce qui me console et m'assure par avance que le Seigneur nous bénira. Heureuses êtes- vous d'être appelées à la sublime vocation d'aimer notre bon Dieu et de le faire aimer! Plus heureuses encore d'être résolues à ne rien épargner pour vous en rendre dignes ! »

A cette lettre le Père Varin joignait, lui aussi, ses exhortations. « Espérons tout, disait-il, de la bonté de Notre-Seigneur ; et soyons persuadés que plus nous espérerons, plus nous obtiendrons. Dilatons donc nos cœurs, pour que le Seigneur dilate ses miséricordes. » Et dans une autre lettre : « Oui, je puis dire que votre âme et celles de vos compagnes me sont chères, parce que j'ai vu

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