LE NOVICLAT DD SACRÉ-CŒUR
Ce ministère fut confié à M. Tabbé Rivet', qui l'exerça pendant vingt ans, et qui fut, à ce titre, le vrai père de cette maison de Sainte-Marie-d'en-Haut.
M'"" Duchesne se plongea sans mesure dans le renoncement qui lui était demandé; et, sachant que, quoi qu'elle fit, elle resterait toujours en retard avec Dieu, elle estima n'avoir rien fait tant qu'elle ne lui eut pas fait l'abandon de tout. Aussi, à la fin de la retraite, le père Roger lui ayant demandé de déposer aux pieds de Notre-Seigneur ce à quoi elle tenait le plus, elle lui fit cette vive réponse : « Mais, mon Père, il ne me reste plus qu'à apporter la maison; car, hormis Sainte-Marie, je ne vois pas que je tienne à quoi que ce soit en ce monde. »
Ces retranchements opérés, on allait voir Sainte-Marie prendre une forme nouvelle : la forme du Sacré-Cœur; et cela simplement, sans secousse comme sans bruit, par la seule force attractive de l'amour de Dieu.
La maison possédait alors huit religieuses , en compre7 nant M""^ Barat et ses compagnes d'Amiens. Deux dames veuves, ainsi qu'une religieuse ursuline, suivaient le règlement, mais sans être engagées dans la Société; enfin vingt pensionnaires et cinq filles de service complétaient le personnel de l'établissement. Tels étaient les éléments fort divers qu'il s'agissait de fondre dans l'unité, pour en former un corps et lui donner la vie. La jeune sœur Giraud s'essayait à faire la classe aux plus petites pensionnaires ;
* M. Rivet était un prêtre d'une foi profonde et d'une science solide. Il se fit souvent entendre dans les églises de Grenoble, et on l'écoutait volontiers, quoiqu'il fût obligé de lire ses sermons. Mais son action s'exerçait surtout au confessionnal, où sa prudence et sa piété lui amenaient en foule les âmes désireuses de la perfection. Il mourut vers 1826, d'une attaque d'apoplexie, laissant la i laéinoire d'un saint.
]yjrac Duchesne la faisait aux grandes; la sœur Adélaïde Second, une nouvelle venue, était à la têle de la classe des pauvres, où la remplaça bientôt M'"" Geneviève Deshayes, qui arriva d'Amiens. Chacune travaillait beaucoup; et depuis le lever, qui était à cinq heures, jusqu'au coucher, qui était à dix moins le quart, il n'y avait qu'une demi-heure de récréation. M"^° Duchesne surtout se multipliait. Oubliant les avantages que son âge et ses droits lui conféraient dans la maison, elle ne voulait plus être qu'une enfant dans la main de sa jeune supérieure. « Elle se sentait attirée, raconte une de ses premières et plus chères compagnes, par le charme de la douceur de sa nouvelle mère, qui cherchait un cœur pur pour se l'attacher en Jésus. De son côté, notre mère connut tout de suite la grandeur et la générosité de cette âme. Il se forma ainsi entre elles d'admirables liens, comme votre amour seul sait les former, ô mon Dieu ' ! »
Ce lien fut premièrement une union de prière. La prière, l'adoration, l'union à Jésus-Christ étant la fin principale, essentielle de l'Institut, l'ancienne Visitandine re^ trouvait au Sacré-Cœur l'exemple et l'encouragement de ses ardents amours pour le Tabernacle. Elle aimait à contempler sa sainte supérieure agenouillée dans le chœur, au lieu même où autrefois M"^° de Chantai avait coutume de se mettre. Elle se plaçait de l'autre côté pour s'unir à sa prière. « Mais, disait- elle humblement, je sens que Notre-Seigneur est si bien avec elle qu'il n'a guère envie de s'occuper de moi. »
A une oraison habituelle, M™" Duchesne joignait une impitoyable mortification, jetant dans ses aliments de l'absinthe hachée ou d'autres plantes amères, en union
1 hécit autographe de la mère Thérèse Maillucheau , p. 63.