FORMATION A LA VIE DE LA CROLK
nuit, pénétrez-vous surtout de l'amour de Jésus. Ah! si vous pouviez seulement en mériter une étincelle, la croix ne serait plus pesante ; comme François Xavier, vous vous écrieriez : « Encore plus. Seigneur, encore plus! » Mais je vous demande seulement de vous abandonner et de dire : Faratiim cor meum, Deus, paratum cor meiim. Priez pojir moi cette nuit ; mon cœur sera près de vous , et mon esprit y volera plus d'une fois. »
Cette page semble illuminée d'une lueur prophétique. Plus tard, un an après, la même nuit du jeudi au vendredi saint projettera sur la carrière future de M"^*^ Ducbesne une autre et plus vive lumière qui en éclairera les derniers horizons.
M™® Barat rentra à Sainte-Marie-d'en-Haut le lendemain du dimanche de Quasimodo , amenant avec elle une nouvelle postulante, i\P'^ Henriette Girard, de laquelle elle écrivait le 19 avril : « J'espère que vous serez contente de votre nouvelle compagne; elle est un peu âgée, mais vous n'en serez pas fâchée : il en faut au moins quelques-unes de poids. « Cette nouvelle venue faisait la douzième reli- *gieuse de la communauté.
Des hommes de Dieu vinrent bientôt continuer aux i novices les solides instructions de leur supérieure. A cette époque, le jubilé était prêché à Grenoble avec les plus grands fruits par le Père Lambert et le Père Gloriot, de la congrégation des Pères de la Foi. « Ce sont des prédicateurs, écrit M™® Duchesne, dignes d'être remarqués dans toute l'Europe. Ils ont changé la face d'une ville crimijnelle, faisant goûter la sainte parole à ceux qui y fermaient leurs cœurs depuis des trente et cinquante I années. Tels sont les hommes qui daignèrent faire des- ; cendre sur notre petite colline de Sainte-Marie quelques I ruisseaux de leur solide et touchante éloquence. »
Leurs instructions tendaient au même but que celles de M""" Barat. « Dans l'après-midi de la fête du Sacré-Cœur, rapporte iM"'® Duchesne, le Père Gloriot nous montra la dévotion au sacré Cœur de Jésus-Christ dans toute son excellence et son étendue. »
L'allégresse, l'ardeur et la force dans le combat étaient un autre sujet de leurs exhortations. « Le jour de la Saint-Ignace, raconte le Journal, le Père Lambert nous ayant réunies après la messe , nous parla familièrement du plaisir qu'il avait de nous trouver un contentement si pur et si visible qu'il éclatait au premier aperçu. Il nous exhorta à nous mettre au-dessus des jugements du monde, nous montra les avantages de la vie commune que nous avions embrassée, et nous félicita d'être des folles devant le monde, développant le sens de cette divine folie, la folie de la croix, qui nous rend autant agréables à Jésus- Christ que méprisables aux hommes. «
Le Père Barat, frère de la mère fondatrice du Sacré- Cœur, entra plus profondément encore dans l'essence môme de l'Institut, qui est la conformité avec Notre- Seigneur. « Il montra, est-il rapporté au JournaJ , l'amante * de Jésus si avide de se conformer à son modèle, qu'elle ne veut plus vivre sans le glaive pénétrant qui transperce l'âme chrétienne, et sans cette sainte mélancolie, fille de l'amour ardent, qui ne goûte rien sur la terre parce qu'elle ne trouve dans les créatures que des obstacles à son union avec son Bien -Aimé. » Ses conférences sur le zèle apostolique saisirent encore plus au vif M"*^ Duchesne. « Il nous montra , dit - elle , le démon plus acharné , plus persévérant pour la perte des âmes que nous ne le sommes pour leur salut'. Enfin il nous fit voir les effets de la force chrétienne dans tant de saints qui ont été les conquérants des âmes, et qui ont fait