‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 64 sur 247 · SON NOVICIAT DE MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

SON NOVICIAT DE MISSIONNAIRE

tous mes sacrifices, à oftVir une mère..., et quelle mère! des sœurs, des parents, une montagne. Et puis, je me trouvais seule avec Jésus seul , ou avec des enfants tout noirs, tout grossiers; et j'étais plus contente au milieu de ma petite cour que tous les potentats du monde.

« Bonne mère, quand vous me direz : Ecce ego mitto te, je vous répondrai vite : Vadam!

« Je vais tâcher de me rendre triste le reste du vendredi saint; mais j'y ai peu de disposition : je suis montée à l'espérance. «

Ce n'était ni cette année ni les années prochaines qui devaient réaliser cet espoir impatient; un second noviciat était indispensable à ce nouveau ministère. Ce fut en réalité un noviciat de douze ans, durant lequel.nous allons voir la mère Barat former, dans M""° Duchesne, la missionnaire future , comme précédemment nous l'avons vue former l'épouse du sacré Coeur.

Immédiatement cette mère assigna à sa fille spirituelle le terme de la sainteté auquel elle voulait la voir parvenir. Se reportant aux merveilles de l'âge précédent, aux Thérèse, aux Chantai, aux Marie de l'Incarnation, aux Marguerite-Marie, elle lui écrivit, le l^'" août 1806 : « Eh quoi ! sommes-nous donc si loin du siècle des saintes , et ne pouvons-nous pas espérer d'en voir quelques-unes marcher sur leurs traces? Vous l'avouerai -je, ma chère fille, quand j'ai considéré les grandes grâces que Notre- Seigneur vous a faites depuis votre enfance, j'ai espéré que, vous ayant donné un cœur sensible et reconnaissant, vous aimeriez votre Dieu comme ces grandes âmes. Vous vous trouvez dans des circonstances à peu près semblables à celles où elles furent, et qui contribuèrent à en faire des saintes. Un ordre naissant et aidé par des hommes rem-

plis de l'esprit de Dieu, et, par- dessus tout, le Cœur de Jésus qui vous presse si fortement!... Allons, je ne veux pas vous faire de reproches trop forts; reprenez doucement courage ; serrez contre votre cœur votre faisceau de myrrhe; renouvelez votre vœu de consécration à Jésus, à la croix. Notre -Seigneur et sa petite servante vous pardonnent. »

Bossuet a écrit : « Tourner Fâme incessamment et de toutes ses forces du côté de son éternité et de son souverain bien qui est Dieu, c'est à quoi doit tendre toute la direction. Il faut donc la séparer de toutes les choses sensibles pour lui faire aimer l'éternité de Dieu, l'être infini de Dieu, en sorte que cette âme ne veuille plus être, ni vivre ni respirer que pour Dieu^ » Voilà par quels moyens et jusqu'à quel degré M™"^ Barat voulait la sanctification de la future missionnaire du sacré Cœur de Jésus,

Le missionnaire doit être un homme de détachement, et l'énergique maîtresse travailla premièrement à rompre dans sa fille des attaches trop vives. Or le lien le plus étroit était certainement celui qui enchaînait le cœur de ]\Imc Duchesne à la mère Barat. Celle-ci fut la première à se sacrifier. A la suite d'un second séjour de sept semaines à Grenoble, s'étant de nouveau arrachée à l'affection croissante de cette amie , elle lui écrivit de Poitiers : a Vive Jésus , ma chère Philippine ; depuis trois semaines que je suis séparée de vous, n'avez-vous pas souvent dit à Notre- Seigneur : « Oui, mon Dieu, il était « nécessaire que vous me l'ôtassicz, cette amie, que j'ai- « mais, à la vérité, pour vous, mais qui m'était encore ' « un soutien sur la terre ! Je ne dois plus avoir que vous !

1 A la sœur Cornuau, lettre xxv^. Meaux, 5 novembre 1691.

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