‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 67 sur 247 · SES ÉLANS VERS LES MISSIONS · texte numérisé non relu

SES ÉLANS VERS LES MISSIONS

jours après, ayant reçu la visite du Père Varin : « Ce Père, écrit-elle, mit le comble à notre joie, en nous promettant d'un ton inspiré que nos soins pour les jeunes âmes ne se borneraient pas à ces pays-ci, mais que peut-être bientôt nous nous établirions dans les colonies ^ » Ce fut en cette occasion, sans doute, qu'elle lui demanda, comrne elle le raconte en un autre endroit, de lui promettre qu'elle serait l'a première qui partirait pour les contrées idolâtres. « 11 me dit : « Je vous le promets; » à quoi je lui répondis : « Eh bien, mon Père, bénissez-moi pour cette œuvre! » Ce qu'il fit en étendant son bras plus que de coutume-. » L'ambition de M™'' Duchesne débordait de tout ce qu'elle faisait et de tout ce qu'elle disait. Mettant au service de cette sainte passion ses connaissances en peinture, elle avait couvert les cloîtres de son monastère de scènes représentant les travaux et la mort de saint François Xavier. On y voyait aussi des religieuses s'embarquant sur un navire oîi le Père Varin leur donnait, de la proue, sa bénédiction. Elle aimait à rassembler les élèves autour d'elle en récréation, pour les entretenir du bonheur de porter l'Evangile aux infidèles, et de donner sa vie pour Jésus- Christ : « Qui veut partir avec moi? » demandait-elle aux enfants. Elle les enflammait : « Je crois, rapporte une pensionnaire, M"^ Louise de Vidaud, que si le navire eût été là, nous fussions parties immédiatement. »

Mais c'est surtout dans ses lettres et ses entretiens avec jyjme Barat, que nous voyons éclater en prières et en plairites cette impatience sacrée. « Je suis prête, lui écrivait-elle dès le 31 mai 1807, à partir sans délai, dussé-je aller à pied jusqu'au bout du monde. » Celle-ci lui répondait parfois par un sourire : « Je n'oublie pas, ma chère,

' Journal, 8 août, p. 40. — - Mémoire à M"><^ Barat, 1818, f" 2.

que VOUS avez de bonnes jambes; mais avcz-vous un bon cœur pour supporter le passage de la mer? « Parfois elle lui faisait une réponse évasive : « Ayez donc de la patience, et souvenez-vous que les œuvres de Dieu se font lentement. »

Mais ce n'étaient plus ses désirs , c'étaient les ordres du Ciel , exprès et directs, que M"^° Duchesne opposait à cette sage temporisation. Voici comment elle en parle dans le Mémoire souvent cité : « Le désir d'expier mes fautes par une vie de souffrances , s'unissant à celui de sauver des âmes, me faisait prier avec beaucoup d'ardeur. Durant les deux nuits du jeudi saint 1806 et 1808, j'ai cru être exaucée en entendant comme une personne qui parlait bas en moi ou à côté de moi , et qui disait : « Pourquoi doutes-tu? » Et un jour de l'Assomption : « Cola sera! » J'étais presque assurée , aux grandes fêtes et fêtes d'Apôtres, de sentir ce désir s'enflammer davantage après la communion , où je me trouvais tout en larmes. Je me disais : « Mais d'où cela vient-il? » Je n'ai rien lu, rien dit, rien entendu qui ait pu me rappeler à ces idées! « Et je voyais aussitôt que c'était la fête d'un Apôtre. »

Ces avertissements n'étaient pas sans ébranler l'humble ^[me Barat, si déliante d'elle-même. Après une de ces lettres, elle se donne vingt-quatre heures de réflexionJ silencieuse, pour mûrir, méditer sa réponse devant Dieu; puis elle la commence ainsi, 4 mai 1808 : « Je peux, dit-elle, je peux maintenant vous répondre avec l'espérance que l'Esprit-Saint présidera à ce que je vous écris, et qu'il parlera en même temps à votre cœur. » Là-dessus, elle discute son projet de départ, avec une autorité irrésistible de bon sens et de persuasion : « Il me paraît bien étonnant, conclut la grave supérieure, qu'avec un sens droit et un jugement sain comme le vôtre, vous ayez pu

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