‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 68 sur 247 · LES ASSURANCES CÉLESTES · texte numérisé non relu

LES ASSURANCES CÉLESTES

enfanter une pareille idée, vous y attacher et croire ensuite que c'était la volonté de Dieu. II ne s'agit de rien moins, ma chôre Philippine, que d'empêcher, par votre départ, un bien solide et durable , pour en aller chercher un qui est incertain , et même presque impossible , à cause des circonstances que peut-être vous ignorez. Je ne vous parle pas de la confiance que j'avais en vous, du soutien que j*en espérais, dans lafTaiblissement de ma santé; car pour moi , personnellement , je ne mérite que l'abandonnement de toutes les créatures; et, malgré que votre iettre m'ait été sensible , je n'hésiterais pas à vous accorder ce que vous me demandez, si je croyais que Dieu le voulût. Mais tout est contre vous, comme je vous l'expliquerai. »

D'admirables conseils suivaient ces ouvertures si cordiales, si religieuses : « En attendant prenez, pour pratique particulière, l'abandon entre les mains de Dieu et la conformité entière à ses volontés. Acquérez le bon esprit, l'esprit de tous les saints, qui consiste à comprendre qu'on ne peut se sanctifier qu'en suivant la volonté de ses supérieurs; qu'une plus grande perfection qu'on verrait ailleurs, n'est qu'une illusion du malin esprit, pour nous empêcher de profiter du présent. Combien vous avez besoin de vous laisser conduire , ma chère Philippine ! A quels écarts votre imagination peut-elle vous livrer!... Mais je crains de m'abandonner à l'impulsion de mon cœur. J'irai me consoler auprès de Notre -Seigneur, et lui demander pour une âme qui m'est si chère les grâces dont elle a besoin. »

Quelles étaient les circonstances encore ignorées de M"»" Duchesnc qui militaient contre elle, et dont l'explication lui était promise par la mère Barat? Nous le savons par l'histoire de la fondatrice. La crise intérieure que la dissidence de la maison d'Amiens faisait alors subir à la Société ; le mauvais vouloir du gouvernement impérial ,

qui venait do supprimer et do disperser les Pères de la Foi, et qui d'un moment à l'autre pouvait étendre les mêmes violences aux religieuses du Sacré-Cœur; tout donnait raison aux délais imposés par M"^*^ Barat, qui en souffrait elle-même, et qui, loin de décourager son amie, lui disait : « On saura vous remplacer au moment où Dieu manifestera sa volonté par rapport à l'attrait qui vous transporte. En attendant, priez, sanctifiez- vous : celle grâce mérite d'être achetée par de tels travaux, et de plus grands encore. Soit que Dieu se rende à vos vœux, soit qu'il se contente de vos désirs, votre abandon à lui ne sera pas infructueux, surtout s'il est accompagné des œuvres; il produira, dans le temps, au centuple. »

Nous sommes arrivés en 1810. La miligation forcée du blocus continental ayant permis alors à quelques missionnaires de partir de Bordeaux pour tenter un voyage vers les régions du Levant, M™<^ Duchesne, instruite tardivement de ce fait par le Père Barat, s'imagina et se plaignit qu'on lui avait sciemment fait manquer ce qu'elle croyait une bonne occasion. M™^ Barat, au lieu de se justifier, prit avec elle le ton du reproche maternel et de la douce moquerie : « Oh! que j'aurais de joie, lui répondit-elle le 3 juillet, si enfin vous deveniez plus docile et plus douce! Pourquoi, ma chère fille, ne voulez- vous pas comprendre que vous ne pouvez rien pour Dieu , en quelque coin de la terre que vous soyez, si vous n'avez pas les Vertus que vous devez enseigner aux autres!... Vous semblez me reprocher que je vous ai caché le voyage des commerçants , que vous vous voudriez imiter : je l'ignorais entièrement'. Ceux que je connaissais et qui partent ne vous convenaient nullement.

1 Comt7ierçants est mis ici pour missionnaires. La prudence commandait alors ces déguisements dans les lettres.

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