PAIX, COURAGE ET ESPOIR
ne voulez-vous donc point croire votre mère? Demeurez en paix , portez votre croix avec courage , et votre Epoux aura soin de vous'. » Enfin, deux mois après : « Ce oui, que vous me demandez, je vous le dirai un jour; mon cœur en garde l'espoir. En attendant, souffrez et demeurez paisible dans l'attente-. »
A la fin, il fallut que M""*^ Barat lui interdît de nourrir des projets qui la bouleversaient : « Je vous recommande instamment d'éloigner toute pensée qui pourrait entretenir ce que vous me proposez, » lui avait-elle dit. Elle lui écrivit encore : « Plus un mot de vos projets, ni au Père Varin, ni à M. Montaigne. Comment, à votre âge, ne pas modérer le feu de votre imagination , qui vous exalte jusqu'au point de vous ôter le jugement ^ ? » Puis , l'onction de la charité venant plus tard adoucir la rigueur de ce reproche : « Souffrez , s'il est possible , avec paix et amour. Le calme viendra après la tempête. Ah ! si du moins le fond de votre âme restait dans le ciel serein, tomme l'est souvent le mont Saint -Bernard ! Courage et onfiance! Ce temps difficile passera''. »
]\Imc Duchesne raconte qu'elle tâcha d'obéir : « Quand
on désir fut le plus combattu, rapporte-t-elle en son
émoire, j'ai évité de rien lire qui pût l'entretenir. J'ai
herché à m'ôter tout moyen pécuniaire sur lequel je pusse
Ifonder un espoir de réussite, mais tout fut inutile. » D'un
côté, assurée de la réalité de l'appel divin, de l'autre,
Condamnée, en vertu de l'obéissance, à fermer l'oreille à
te pressant appel , M™" Duchesne se sentait , pour ainsi
yire , écartelée entre l'impulsion du ciel et la résistance de
la terre. Que ne tenta-t-elie pas pour sortir de là ! Elle
* Amiens, 7 juin 1811. — 2 Poitiers, 19 août 1811. — ^ Poitiers, i9 août 1811.— •> Poitiers, 29 février 1812.
en appela à Rome. « Un jour, raconte -t -elle, après la communion, je me décidai à écrire au Père vicaire général des Jésuites à Rome , pour consulter le Pape et savoir si je devais suivre ou étouffer mes désirs ! Vous avez su , ma mère, le sort de ma lettre, » On devine que cette lettre ne fut pas remise au chef de l'Eglise. ]
D'autres fois c'était Dieu même qu'elle pressait de lui I répondre par ses saintes Ecritures. Un jour qu'elle était \ tourmentée et fort triste, elle s'en fut sur la terrasse, i s'asseoir et méditer près du puits perdu. Là, en face des ■ montagnes, elle prit sa Bible, et, l'ouvrant au hasard, ; elle tomba sur ce passage du chapitre vi° du Deutéronome : ] « Lorsque le Seigneur ton Di.eu t'aura introduit dans la ^ terre promise, et qu'il t'aura donné des maisons pleines 1 de richesses que tu n'as pas amassées, des citernes que tu ) n'as pas creusées, des vignes et des oliviers que tu n'as ' pas plantés, que ton cœur ne s'élève pas... » Et le reste. '; Sur ce texte qu'elle rapporte tout au long en latin , M"^'= Duchcsne se remonte. Par delà les montagnes qui se dressent devant ses yeux, elle voit s'entr'ouvrir un horizon immense : cette terre promise dont parle le saint Livre , ce " sont les régions lointaines où elle aspire, et où vont couler à flots le lait et le miel de l'amour de Jésus-Christ. Là , le Sacré-Cœur aura des maisons remplies de richesses célestes, des citernes et des réservoirs de grâces, des vignes chargées des fruits vermeils de la charité , des oliviers fertiles en douceur spirituelle. « Ces passages, dit-elle, tirent couler dans mon âme un torrent de consolations'. »
Ce texte qu'elle vient de lire aujourd'hui en France, au penchant de sa vallée de l'Isère, M"""^ Duchesne le relira en entrant dans la vallée de Mississipi, et elle y recon-
1 Mémoire à i>/'»« Barat, fie 3e^ p. 2.