SA FAMILLE, SON MONASTÈRE, SES ENFANTS
SA NIÈCE ALOYSIA
Nous l'avons raconté : M^^ Duchesnc, rapportant à la mère Barat la sorte de vision qu'elle avait eue de son avenir, durant la nuit lumineuse du jeudi au vendredi Isaint 1806, lui disait, en parlant de cette veille trop pourte au gré de ses désirs : « J'avais tant à faire avec tous mes sacrifices ! J'avais à offrir une mère , et quelle mère !... des sœurs , des parents , une montagne ! » Le sacrifice muljtiple que signalent ces lignes était celui de ses affections. C'était donc un brisement, un déchirement cruel, que la séparation qu'elle appelait cependant de ses vœux impatients ; et le tableau des tendresses de M""® Duchesne pour sa famille d'abord, ses sœurs, son père, tous les siens; pour Sainte -Marie ensuite, ses religieuses, ses pensionnaires; enfin et spécialement pour sa nièce Euphrosyne, l'enfant de son espérance, nous apportera, sur la générosité de ce beau cœur, la plus émouvante comme la plus édifiante des révélations.
Sa famille d'abord. Elle se groupait autour d'un vieillard à cette époque presque septuagénaire, et qui, désabusé de ses espérances politiques, fidèle encore à l'esprit plutôt qu'aux croyances du XVIIP siècle, n'avait plus que ses enfants qui le rattachassent à ce monde, et le fissent vivre par le cœur. On sait quel redoublement de tendresse sacrée ces hommes bons, mais abusés, inspirent aux âmes chrétiennes qui leur touchent de près. M. Duchesne avait un fils et cinq filles. Le fils marchait alors dans les voies de son père. Les filles, M™^ Amélie de Mauduit, qui demeurait à Grane , M"*'' Charlotte Jouve, qui habitait Lyon, ]\|ine Adélaïde Le Brument, fixée à Bourg en Bresse, et M"" Mélanie Duchesne, qui restait à Grenoble, étaient, comme Philippine, de solides chrétiennes. Toute cette famille était étroitement unie; et ces cœurs fraternels ne semblaient faire qu'un cœur, dont la vie supérieure s'inspirait de la foi et de la piété de M"!" Duchesne.
Est-il besoin de le répéter? avant d'être à sa famille, ce grand cœur était à Dieu, premièrement, éminemment, irrévocablement. « Je puis te dire, écrivait-elle à M"" Jouve, que je suis toujours plus contente de la part qui m'est échue, et que mes compagnes le sont aussi. » Mais elle n'en sentait pas moins le prix inestimable du foyer domestique, dont la privation faisait précisément son mérite devant B'um, comme elle-même l'explique dans les lignes suivantes : « Il n'est pas nécessaire de te dire , ma bonne sœur, combien j'eusse été heureuse de te voir au sein de ta chère famille. Mais tu sais, ma bonne amie, que ma vocation est un engagement aux sacrifices et aux privations de la nature; et j'échange, en ce moment, le doux plaisir de t'embrasser, contre celui de remplir mes engagements religieux , et de prouver à Dieu que son joug est toujours aimable, puisqu'il y a plaisir à sacrifier à ce que l'on