‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 73 sur 247 · SA CORRESPONDANCE DE FAMILLE · texte numérisé non relu

SA CORRESPONDANCE DE FAMILLE

ailliez » C'était dire, on d'autres ternies, qu'elle aimait sa famille plus que tout au monde, mais qu'elle aimait Dieu par-dessus toutes choses.

Des visites, des lettres reformaient de temps en temps ces liens indissolubles. Les visites étaient rares , cap on demeurait loin; mais quelle joie pour Philippine, quand uh jour, par exemple, elle reçoit à Sainte- Marie sa sœur Adélaïde, M™« Le Brument, la plus éloignée de toutes! « Tu juges, ma chère Charlotte, écrit-elle à M"^° Jouve, de mon plaisir de revoir une sœur chérie, après deux ans d'absence! J'ai bien joui du bonheur qu'elle a eu d'embrasser tes enfants si chères ! Elle a couché ici avec ses deux petites filles. Elle a été le mardi et le mercredi à Vizilles; et elle est repartie le jeudi, après diner*. » Mélanie, la plus jeune sœur, qui habitait Grenoble, était plus assidue auprès de Philippine, qui l'avait élevée; mais un jour, elle aussi quitta tout pour Dieu : elle partit; elle entra à la Visitation de Pvomans, laissant sa sœur Philippine courageuse, mais désolée de cette séparation : « On a de la peine à se faire aux privations de la vie. Celle de l'éloignement de Mélanie est bien grande pour moi. Mais elle a tant de joie d'être à Romans, que les siennes sont bien adoucies. Je reçus hier une de ses lettres, où elle paraît transportée'. » Restée seule à Grenoble, Philippine s'en dédommagea par une correspondance aussi suivie que possible avec ses sœurs , si tant est , toutefois , que quelque chose puisse dédommager de l'absence. Et si parfois ce commerce qu'elle regarde comme un devoir vient à se ralentir, elle proteste que, du moins, le souvenir et l'aiïection ne s'attiédissent point : « Ma position ,

1 Grenoble, 10 mars; Recueil, p. 3o. — 2 Grenoble, 13 août 1807; id., 3 avril 1807. — ■'' A M"^" Jouve, Recueil, p. 9.

chère sœur , m'impose de laisser souvent mes devoirs personnels, pour remplir des devoirs qui me sont moins agréables. Je me repose d'ailleurs avec confiance sur ton cœur, persuadée qu'il accueillera toujours los expressions du mien , l'amitié étant, entre nous , sans méfiance comme sans réserve '. »

Une source d'affection jaillissait donc de ce cœur, qui au premier aspect , semblait un rocher aride , perdu dans les hauteurs du seul amour de Dieu. Dieu, d'ailleurs, en était bien la règle comme le principe. « Quand vous montez du monde à la vie religieuse, écrit un excellent msLÎtre, n'aimez moins qui que ce soit. Ne supprimez aucune de vos affections légitimes; seulement, transformez -les toutes. Vous aimiez vos parents comme on aime sur la terre : aimez-les désormais comme on aime dans le ciel-. » En vertu de cette loi, M™" Duchesne aimait toute sa parenté comme Dieu veut qu'on l'aime lui-même, de tout son esprit, de toute soii âme, et de toutes ses forces.

j\Ime Duchesee aimait les siens d'abord de tout son esprit, leur servant de conseil , de lumière et de guide. Que de fois, dans ses lettres, nous voyons non seulement les femmes les plus vénérables, mais les hommes les plus marquants de la famille Duchesne, les Périer, les RoUin, les Jordan, se rendre à Sainte -Marie -d'en -Haut, pour aller chercher auprès de Philippine ces lumières que l'on demande aux âmes placées dans le proche voisinage d Dieu! (( Camille Jordan a eu l'attention de venir me voi hier, écrit Philippine; cette visite m'a été très agréable. Il m'a confirmée dans ce qu'on m'a souvent dit du zèle , de la piété et des talents de son frère Noël ^ » Le nom des

1 Grenoble, 10 janvier 1810.

2 M^ Gay, Vie et vertus chrétiennes, t. II, ch. xv, p. 442.

3 M™« Jordan , mère de Camille Jordan , était la sœur de M™« Du-

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