‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 74 sur 247 · SON AFFECTION POUR SES SOEDRS · texte numérisé non relu

SON AFFECTION POUR SES SOEDRS

j Jordan se retrouve souvent dans ses lettres. Lorsque , plus tard , Camille portait à la tribune la profession de nobles

' convictions religieuses, trop souvent noyées dans de brillantes erreurs, l'éloquent député ne se ressouvenait-il point

' de la sainte de sa famille , et des pieux entretiens de Sainte- Marie-d' en-Haut?

]\Imc Duchesne aimait les siens de tout son cœur, s'associant à toutes leurs joies pour les partager, à toutes leurs douleurs pour les consoler, il"^"^ de Mauduit, sa sœur, est-elle menacée de perdre un jeune fils , dans la fleur de l'espérance : « Ma très chère amie, lui écrit Philippine, j'espère qu'en jetant tes inquiétudes dans le sein de Dieu, il ne permettra pas que tes épreuves passent tes forces; et au moment où tu te croiras le plus plongée dans la douleur, il t'en relèvera pour t'établir dans la paix. Il a fallu, parce que tu étais agréable à Dieu, que tu fusses éprouvée. L'état d'Adrien m'atfecte; tu désirais en faire un prêtre, et peut-être Dieu en fera un ange. Mais non, prie le bon médecin saint François Régis, et il rétablira ce cher enfant. » M'"^ Jouve, son autre sœur, s'eflraye-t-elle de la charge de sa famille croissante, avec quelle élévation d'affection et de foi Philippine la relève ! « Je souhaite, ma chère amie, que Tenfant que tu portes soit, dans sa famillB, le Joseph ou le saint Bernard. Dieu bénit les familles nombreuses ; et quand il fait éclater ses merveilles, c'est ordinairement par des cadets, parce que sa manière d'agir renverse la nôtre : il choisit le faible et le petit pour confondre le fort. Si tu portes un saint dans ce moment, tu seras amplement dédommagée de ton surcroît de peines. »

chesne, mère de Philippine. — M. Noël Jordan mourut curé de Saint -Polycarpe, à Lyon.

Enfin M"*'' Duchesne aimait de toutes ses forces. Non contente de 'conseiller, de consoler ses sœurs, elle les assistait. Elle déclare dans ses lettres que « le premier de ses vœux était de se rendre utile à ses bons parents, en élevant leurs filles ». — « Je partage tes peines, écrit-elle à la même sœur, et voudrais les alléger de toutes les manières. Voici donc quelle a été une de mes pensées : c'est d'arranger mes affaires de manière à augmenter un peu mon revenu, qui, dès le printemps, ferait face à la pension de Constance. Nous sommes fâchées seulement, ajoute -t- elle avec gaieté, que tes petits garçons ne puissent aussi devenir notre famille. » Et, comme par discrétion ses sœurs se défendaient de lui imposer cette charge : « Quand on veut faire le bien , répondait ce large cœur, il ne faut pas trop compter, et Dieu paye avec usure. »

Cependant l'homme vénérable qui était le lien et le centre de toute cette famille allait disparaître. Ce fut l'heure d'un profond et cruel brisement; mais ce fut aussi l'heure du triomphe de la piété filiale et chrétienne de M™° Duchesne.

Son père, né le 6 octobre 1743, était arrivé à cet âgej au delà duquel, selon l'Ecriture, il n'y a plus pourj l'homme que labeur et douleur. Sa fille s'en inquiétait;] elle écrivait à sa sœur, vers 1813 : « J'eus hier l'agréable] surprise d'une visite de mon père. Je l'ai trouvé toujours jeune de figure; mais je me suis aperçu que ses jambel devenaient raides, et que la descente lui est pénible. J^ ne puis me persuader qu'il vieillisse, sa bonté fait désirer' qu'il vive encore longtemps; mais, malheureusement, on n'a pas une jouissance sans que l'idée des séparations ou de la mort vienne les troubler. » Plus tard, en Amérique, à la fin de sa longue vie , M""" Duchesne se rappellera la

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