ELLE SE DÉPOUILLE DE SES BIENS
duit t'ii août 1816, notre Société n'est pas dans l'usage d'aller à la rigueur avec les parents; or il est dans mon Il cœur de préférer les intérêts des miens à ceux qui me sont personnels, et il m'a toujours été doux de pouvoir abandonner. »
En conséquence, .M"'" Duchesne fit cession à ses frères et sœurs de sa propre fortune, présente et à venir, moyennant une somme tixe, dont elle se proposait de disposer en faveur de sa chère entreprise. Encore reversa-t-elle une partie de cette somme sur la tête d'Euphi-osyne pour lui servir de dot, après ses vœux solennels : « Je suis persuadée que je ne manquerai jamais de rien , écrivait ce grand cœur; et si je dois éprouver quelques privations, je serai bien aise de pratiquer ainsi mon v(eu de pauvreté. »
Libre de ces soins terrestres, 31""' Duchesne se tourna tout entière du côté de ces missions lointaines , desquelles lui arrivaient je ne sais quels souffles précurseurs qui la I faisaient tressaillir.
Le 4 août 1816, elle fit savoir à sa nièce Euphrosyne que la bénédiction du saint Sacrement avait été donnée ['à la maison de Paris par le supérieur des Missions étrangères, lequel lui avait fait part de lettres venues de la i'.hine racontant le martyre d'un évêque au Szutchouan. Ou demandait aussi d(>s missionnaires jésuites pour Pon- 'lichéry. Le ministre, M. Laine, sollicitait des prêtres pour l;i colonie française du Sénégal. Ces dévouements, ces ippels enflammaient M™*^ Duchesne : « Dites à toutes les infants qu'elles prient pour les missions ; » tel était son 'iernier mot à Euphrosyne Jouve.
; En prenant Euphrosyne pour confidente de ses vœux, \ M'""' Duchesne savait que celle-ci les partageait, et elle ne -doutait pas que cette nièce « faite pour les grandes
choses » ne l'accompagnât bientôt ou ne la suivît un jour aux missions étrangères. C'était dans cet espoir qu'elle l'avait formée, préparée, protégée dans sa vocation. Mais le Seigneur a deux manières d'employer ses serviteurs à ses œuvres divines : il les voue à l'action ou à l'immolation. Aloysia Jouve, — tel est le nom qu'Euphrosync avait pris en recevant le voile, et le seul que nous lui donnerons ici désormais , — ne devait pas être une des ouvrières de la conquête, elle devait être la victime destinée à l'acheter au prix de son beau trépas ; semblable à ces vierges pures et dévouées au sacrifice qui , dans l'antiquité , achetaient de leur sang le triomphe de leurs proches, en rendant le ciel propice et les vents favorables.
La novice venait à peine de prononcer ses premiers vœux, lorsqu'on fit savoir à sa tante que sa santé était devenue fort languissante. Un mal purulent, qui s'était porté d'abord sur un de ses pieds, menaçait d'envahir successivement tous les membres. Cette annonce, dont la gravité ne lui échappa pas, frappa M™'= Duchcsne à l'endroit le plus sensible; et son cœur maternel s'épancha em effusions de tendresse et de compassion, que maintenant: nous sommes moins étonnés de trouver dans cette mâlenature. « Comment, lui demanda- 1- elle dans une première lettre, as-tu pu cacher ton mal? Voilà seulement deux jours que je ne suis plus dans l'agréable illusion que tu étais bien portante. » Puis la religion reprenant le des* sus sur l'amitié : « Dieu a ses desseins quand il fait souf-' frir. Son dessein sur toi est surtout de te persuader de ton néant, de te mettre plus fortement sous sa dépendance, ea te faisant mourir totalement à toi-même par cet état d'inaction si opposé à ton zèle et à ton caractère. » La même lettre rappelait à la courageuse malade « que Dieu méconnaît celui qui ne souffre pas; que plus on souffre,