MALADIE DE SA NIÈCE ALOYSIA
plus on pst religieux: que la souffrance est à l'àme ce que I le feu est à l'or »; et elle concluait : « Je voudrais pouvoir te servir, ma chère Aloysia; mais dès que Dieu m'en prive , je prie encore plus pour toi ' . »
Une seconde lettre faisait mieux voir les regrets et les espérances de sa sainte ambition sur sa noble enfanL Craignant bien plus les effets du mépris de la vie qu'une lâche crainte de la mort dans une âme si forte, elle lui écrivait : « Ma chère Aloysia , peut-être les disgrâces de la vie te font-elles envisager la santé comme peu' de chose; mais moi, qui suis pénétrée du désir de voir s'étendre f notre Société, et des besoins sans nombre des contrées très étendues où nous sommes demandées, j'ai fait vœu, avec permission , à saint François Régis que, s'il t'obtient une guérison parfaite , je te porterai à désirer d'être employée dans l'étranger à l'instruction de tant d'âmes abandonnées. )) D'autres lettres, adressées à la mère Thérèse M.iillucheau, alors supérieure de Sainte-Marie-d'en-Haut , dévouaient Aloysia tantôt à la Pologne, tantôt à la Chine, si elle guérissait : M"''-' Duchesne ne comprenait plus le service de Dieu que sous la forme de l'apostolat dans les contrées lointaines.
■ En même temps sa charité cherchait des consolations I pour sa sœur M'"^ Jouve, dont la douleur retombait à plomb sur son âme. Elle lui disait , dans des lettres déchirantes , mais fortifiantes : « Cette nouvelle m'a bien affligée, ma chère amie; M™" Deshayes a fait de suite commencer une neuvaine, et toute la maison prie pour notre bonne malade. J'espère beaucoup sa guérison. » Puis, la grandeur d'âme reprenant le dessus : « Elle sera plus fervente encore après la maladie ; et toi , tu la devras
' Vie manuscrite d' Aloysia, ch. viii, p. 71.
deux fois au Distributeur de tous les dons. Il te fait sentir eu ce moment qu'il n'a fait que te prêter tes enfants , et qu'ils sont à lui. Je lui demande de te fortiiier dans ces moments pénibles. Je les comprends d'autant plus que je partage entièrement toutes tes douleurs'. »
Une autre lettre de Paris autorisait cette mère à prendre sa tille chez elle, afin de consulter les meilleurs médecins de Lyon : « Nous intéressons le Ciel et surtout saint Régis par un vœu exprès pour le rétablissement d'une santé que nous jugeons devoir un jour servir à la gloire de Dieu. J'ai l'espérance d'être exaucée, et partage en bonne part toutes tes sollicitudes maternelles-. » Cette pensée ne la quittait plus : « L'état d'Euphrosyne est terrible, écrivait-elle à M"^*^ de Mauduit; combien ces pauvres cœurs de mères ont à souffrir! J'en ai tous les sentiments pour vos enfants. Cherche la consolation uniquement dans le Cœur humble et doux de Jésus, et tu la trouveras*. »
Elle eût souhaité faire venir sa nièce auprès d'elle. C'était aussi le vœu de M"^" Barat. Il lui fut extrêmement pénible d'y renoncer: « Dieu nous envoie là une grande épreuve, disait-elle. Plus je considère notre petite maison de Paris, qui ne peut plus nous contenir, plus je vois qu'elle y serait moins bien qu'à Grenoble. Ainsi Fiat à tout *. »
Cependant tant d(^ soufl'rances opéraient déjà surnaturellement. M'"'' Duchesne s'en ressentait : son entreprise des missions gagnait chaque jour du terrain , et le Ciel commençait à payer ainsi l'offrande que faisait d'ellemême, pour le succès de r( ouvre, cette jeune victime. Ainsi le Père Varin , ébranlé à la fin par la persévérance
1 Le 24 (sans autre date), p. 59 et 60. — 2 Paris, 2 juillet 1817. — 3 Paris, 8 août 1816. — ^ Paris, 9 janvier 1817.