‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 87 sur 247 · PREMIÈRES ODVERTDRES SUR LA LOUISIANE · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ODVERTDRES SUR LA LOUISIANE

de M""" Duchesne, n'osait plus s'opposer à son prochain départ. Celle-ci profita de ces dispositions pour lui demander de recevoir son vœu de se consacrer à l'instruction des infidèles, selon l'obéissance. « Le Père Varin dit oui, rapporte M™" Duchesne, et dès lors je me regardai .comme engagée à ne rien refuser de ce que Dieu demanderait pour cette œuvre. »

' Le Père Barat se montrait h; plus empressé de tous , et son impatiente initiative trouva bientôt l'occasion d'engager l'affaire dans une voie décisive. Ce même M"'' Dubourg, évêque de la Louisiane, que nous avons vu enflammer Lyon du feu de sa parole, s'étant rendu à Bordeaux, où il avait une grande partie de sa famille, le Père Barat n'avait pas manqué de le visiter et de l'entretenir, non seulement de ses propres désirs , mais des vœux ardents de M'"'' Duchesne. Une lettre du 11 novembre 1818 rendit compte à celle-ci de leur entretien : « J'ai eu, la veille du départ de Monseigneur pour la Provence, racontait le Père, une longue conférence avec lui, où il a été beaucoup question de la Louisiane et de vous. Comme vos supérieurs ont reconnu votre vocation pour surnaturelle, et que Monseigneur a le désir de vous établir dans son immense diocèse, et que vous le voulez vous-même sincèrement et constamment, la chose est décidée. Il n'y a plus qu'à déterminer l'époque et les moyens du départ. »

Les choses allaient vite avec le Père Barat. C'était, du reste, une nature aussi abrupte qu'ardente; et ici reparaissait cette rudesse naturelle qui d'ailleurs ne déplaisait pas à M™« Duchesne. « Maintenant, disait-il, il faudrait au moins trois sujets de bonne volonté pour vous suivre; mais il faut de grandes âmes, et, parmi les femmes, les grandes âmes sont bien rares. Cette pensée vous découragerait peut-être; mais il y a si longtemps que vous sou-

pirez pour vos sauvages , qu'à raison de cette constance , il est probable que Dieu, faisant exception pour vous, n'exigera pas que vous soyez tout à fait une grande âme. »

Les jours qui suivirent la réception de cette lettre furent pour M""^' Duchesne des jours de saints transports, de prière et d'espérance. Une issue était ouverte à ses désirs débordants! N'allait-elle pas tout de suite s'y précipiter? Le Ciel n'allait -il point enfin se prononcer par ses supérieurs? « Le 3 décembre, jour de la fête de saint François Xavier, rapporte- t-el le en son Mémoire, j'allai à la messe à l'église des Missions. Ces paroles de l'épître : « Comment « connaîtront-ils la vérité, si personne ne les instruit, si « personne ne leur est envoyé, » me transpercèrent l'âme. Je fus inondée de pleurs malgré moi , je ne savais où me cacher. Pour éviter pareille chose, je résolus de ne pas retourner dans cette église l'après-dîner ; mais en arrivant à notre maison de la rue des Postes, la trouvant fermée, je ne sais comment, je retournai à cette même église, et ma pente me conduisit à côté de la relique de saint François Xavier. Là , étant plus près de lui et du saint Sacrement, qu'on apporta à sa chapelle, je fus vivement montée à l'espérance. Il en fut de même durant tout le temps de sa neuvaine, que je lis exactement dans l'intention de connaître la volonté de Dieu. »

Elle faisait prier partout aux mêmes intentions; et sa sœur, M""' Jouve, lui ayant demandé au l*"" janvier 1817 ce qu'elle désirait recevoir pour étrennes : « Si tu veux m'en faire une qui me soit agréable, lui répondit Philippine , tu feras dire pour moi une messe à Fourvières. » Puis laissant entrevoir son espoir secret, et cherchant déjà à consoler sa sœur, en prévision d'une séparation prochaine : « Je te remercie des vœux que tu fais pour mon bonheur; je le trouverai toujours dans l'accomplissement

Page 1