‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 88 sur 247 · VISITE DE MONSEIGNEUR DUBOURG · texte numérisé non relu

VISITE DE MONSEIGNEUR DUBOURG

de la volonté de Dieu en moi , en sorte qu'un changement de situation ne m'aiïectera point. Quand je suis venue à Paris, je n'ai ni cru ni désiré y rester. Partout où je serai, j'aurai le moyen de te donner de mes nouvelles et de recevoir des tiennes. Mais comme il n'y a rien encore d'assuré, j'attends de t'annoncer plus tard ce qui me regarde. »

Enfin celte impérieuse volonté de Dieu se manifesta.

Quelques semaines après cette neuvaine de prières, le ' 14 janvier 1817, M'"' Dubourg se présenta au Sacré-Cœur de la rue des Postes. Au moment où il entra, M""^ Duchesne gardait la porte, et ce fut elle qui s'empressa d'aller annoncer à M"i° Barat cette précieuse visite : « Voici, lui dit-elle, l'heure de la Providence. Je vous conjure, ma mère, de ne pas la manquer; vous n'avez qu'un mot à dire; je vous en prie, prononcez -le. — Ma fille, répondit la supérieure, il faut que l'évêque me mette sur la voie en me faisant lui-même une demande. Je lui parlerai alors de votre dessein. Ce me sera le signe auquel je reconnaîtrai que Dieu le veut. »

Dans cette première entrevue il ne fut question de rien. M^"" Dubourg se contenta de demander à célébrer sa messe ; au Sacré-Cœur le lendemain matin. A l'issue de cette ' messe, M"^'' Barat étant venue lui tenir compagnie pendant son déjeuner, l'évêque commença à l'entretenir de l'Amérique; et l'une des premières choses qu'il lui dit fut com- - bien il s'estimerait heureux de posséder dans son diocèse des religieuses de son Ordre ; sur quoi il la supplia de lui en accorder. M"^^ Barat comprit que Dieu venait de parler. « Lorsque cela se pourra, répondit-elle à l'évêque, j'aurai à vous donner une personne toute prête. » Et elle lui raconta la vocation persévérante de sa courageuse amie. L'évêque, déjà mis au fait par le P. Barat, parut ravi de tout

ce qu'il entendait , et demanda à voir tout de suite cette missionnaire de bonne volonté. M"^" Duchesne , appelée immédiatement, reçut sa bénédiction, mais elle ne put rien dire, tant elle était émue. Elle eut cependant le signe que Dieu l'avait exaucée ; car, comme elle-même le rapporte, à partir de ce moment, une douleur de côté, qu'elle sentait depuis quinze ans, disparut tout à coup. Les forces lui étaient données en même temps que les lumières. Elle se retira pleine de confiance, et M''"'' Du bourg, qui repartait pour une tournée par la France et la Belgique, emporta l'espérance qu'une colonie du Sacré - Cœur lui serait accordée.

Cette tournée se prolongea pendant plusieurs mois. Déjà l'évèque , au cours de son voyage en Italie , avait recruté , surtout à Rome et à Milan , un certain nombre de prêtres et de clercs lazaristes pour son diocèse. Lyon, comme nous l'avons vu , lui avait également procuré des missionnaires. La Hollande et la Belgique ne furent pas moins favorables à cet évêque, à la fois apôtre et colon, qui demandait nom seulement des prêtres et des religieuses pour cultiver 1 âmes, mais encore des plantes et des instruments de la-'' bour pour défricher les terres. Quarante compagnons étaient prêts à le suivre dans ce vaste champ du Père de famille.

Sur ces entrefaites, divers conseils s'agitaient autour de la mère supérieure. Les hommes les plus graves, les plus autorisés et les plus vénérés par M™" Duchesne , à la tête' desquels était M. Perreau, supérieur ecclésiastique de la maison de Paris, s'effrayaient des conséquences de cette entreprise. M'"" Duchesne, habituée à aller droit devant elle, s'adressa à lui immédiatement. Elle s'expliqua franchement sur le caractère de sa vocation; puis, Tinvoquanl comme un père, elle le supplia de l'éclairer et de la cou-

Page 1