‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 89 sur 247 · OBJECTIONS DE M. PERREAU · texte numérisé non relu

OBJECTIONS DE M. PERREAU

soler, car ces oppositions de la dernière heure devenaient pour elle un martyre.

Celui-ci lui répondit une lettre pleine de raison autant que d'affection : « Oui , ma chère fille , je vous autorise à me donner le nom de père, car j'en ai pour vous tous les sentiments en Notre-Seigneur, Comme vous avez besoin de consolations et de décisions capables de calmer votre âme , je vous dirai d'abord que je ne désapprouve nullement votre projet de passer à la Louisiane. Je serais même porté à croire qu'il vient de Dieu , puisque vous n'y cherchez aucune des joies temporelles qui font quelquefois illusion à une âme, et qu'au contraire vous n'avez en perspective que des travaux et des privations. -Mais, ma fille, en supposant que cette vocation particulière de porter le nom de Jésus -Christ et la dévotion de son Cœur adorable au milieu des sauvages vienne réellement de Dieu, l'essentiel pour vous est de choisir le moment de la Providence , qui est celui de la grâce ; car vous ne voudriez pas certainement entrer de vous-même dans cette carrière avant que Dieu ne parût vous en ouvrir la porte. Or c'est là le point important qu'il s'agit de décider. »

Ici M. Perreau avouait qu'après en avoir conféré avec jyirae Barat et M"« Bigeu, assistante générale, il n'avait pas trouvé conforme à la prudence de former quant à présent cet établissement. L'essentiel aujourd'hui était de ne pas s'affaiblir en se divisant; tel était aussi, d'ailleurs, l'avis du P. Varin : « Je sens, ma chère fille, disait M. Perreau en terminant sa lettre, que cette décision vous afflige, puisqu'elle recule l'accomplissement de vos saints désirs ; mais pensez à l'esprit d'obéissance, de renoncement à vous-même qui doit vous animer, et dites -vous : Après tout, que veux-je? Quel doit être le vœu le plus ardent de mon âione? N'est-ce pas de plaire à Dieu et de faire sa

sainte volonté quelle qu'elle soit? Or cette A-^olonté m'est évidemment manifestée par celle de mes supérieurs; j'attendrai donc avec résignation , et , s'il est possible , avec une sainte indifférence ce qu'ils ordonneront sur mon sort, persuadée que c'est la voie la plus sûre, ou plutôt la seule pour aller à Dieu et lui plaire. )'

Il ajoutait : « Au reste, ma fille, je ne prétends point qu'il faille renoncer à vos saints projets : il serait très possible qu'ils se réalisassent; mais contentez-vous de vous rendre digne de votre vocation par une plus grande humilité et une plus grande abnégation de vous-même. Soyez un enfant par la simplicité, car il n'y a que ceux qui ressemblent aux petits enfants qui puissent arriver au royaume des cieux, nous dit le divin Maître, Laissez-vous donc conduire simplement partout où la divine Providence vous appellera; c'est uniquement là que vous lui serez agréable; ce n'est qu'en renonçant à votre volonté propre que vous êtes assurée de faire la volonté de Dieu ^ . »

Cette lettre est du mois de mai 1817. C'était à cette époque qu'on attendait le retour de M^'' Dubourg : « Peu de jours avant sa visite, rapporte M""® Duchesne, je le vis en songe, me disant d'être tranquille. N'y ayant point pensé la veille , je vis du mystère dans ce songe , et l'attendis ce jour-là ; mais il ne vint que deux ou trois jours après. Le jour de l'Ascension , mes vœux s'enflammèrent dès le matin , à ces paroles qui me saisirent aussitôt que j'entrai au chœur : Allez, enseignez les nations. Elles me procurèrent un attendrissement presque continuel , une amertume plus douce que tous les plaisirs. Je voulus tenter

* Mai 1817. Copié par M"^ Duchesne. — Recueil rx" 49 des Archives, p. 1.

Page 1