‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 90 sur 247 · SON DÉPART EST ACCORDÉ · texte numérisé non relu

SON DÉPART EST ACCORDÉ

alors de nouvelles demandes. Puis je me dis : « J'ai tout [ épuisé , c'est à vous , mon Dieu , d'agir. »

M='" Dubourg arriva le lendemain 16 mai. « Quel ne fut pas mon étonnement et mon bonheur, continue le même récit, quand, s'adressant aux novices, il leur cita une parole qui, disait-il, l'avait singulièrement frappé dans la fête de la veille : Aile::, enseignez les nations! J'entrevis que Dieu nous avait donné les mêmes pensées pour une vocation semblable. »

L'évêque revenait au Sacré-Cœur avec la certitude que la colonie des religieuses lui serait accordée, et dans le geul dessein de déterminer le temps et les conditions de l'embarquement. 11 ne fut donc pas peu contrarié de voir la supérieure générale encore hésitante et tout à fait changée. Dissuadée, contredite par le fondateur et par le supérieur de la Société, l'humble mère, effrayée des difficultés de cette lointaine entreprise, pouvait-elle en prendre sur elle-même et elle seule la responsabilité? Elle s'excusa en demandant un nouveau délai : jusqu'au dernier instant l'assentiment des hommes devait être refusé à M"^^ Duchesne.

C'en était donc fait encore de ses espérances. Elles échouaient au port. Le missionnaire , ayant insisté en vain, se retira mécontent, triste et déconcerté. M™° Barat le reconduisit, visiblement soucieuse et intérieurement très agitée. C'était la minute décisive. Déjà M^'' Dubourg allait franchir le seuil , lorsque M"^ Duchesne , qui les avait I suivis, apparaissant tout à coup, se jette aux pieds de sa supérieure : « Votre consentement, ma mère; de grâce, votre consentement! » s'écrie-t-elle en suppliant. A ce cri, la mère générale s'arrête et se recueille. Dieu lui avait I- parlé. « Eh bien, je vous l'accorde, ma chère Philippine, dit-elle tout à coup, et dès ce moment je vais m'occuper à

VOUS chercher des compagnes. » Ainsi fut enlevée d'assaut la mission d'Amérique. Les arrangements furent pris sur l'heure,. et le départ lixé au printemps de Tannée suivante 1818.

Depuis le 6 janvier, fête de l'Epiphanie de l'année 1806, auquel jour la voix de Dieu s'était fait entendre à M"^" Duchesne, jusqu'à ce 17 mai 1817, oîi elle avait entendu la grande parole : Partez! c'était plus de onze ans qui s'étaient écoulés dans l'attente, la formation, la supplication. Il n'en avait pas fallu moins pour montrer que la décision, était entièrement de Dieu. Même, pour le mieux faire voir, au lieu qu'ordinairement le Seigneur se sert de l'autorité des hommes pour accomplir ses desseins, ici il avait permis que ses desseins fussent contrariés invariablement parla prudence de l'homme. Il fallait que tout fût de lui, exclusivement de lui, manifestement de lui. C'est plus qu'une vocation qu'il suscite, c'est une sorte d'inspiration qu'il donne, qu'il affermit, et qu'il oppose à toutes les contradictions. Il faut qu'on lui cède enfin, car nul n'est fort contre Dieu; et c'est dans une confiance qui ne se lasse < pas d'espérer, comme dans une patience qui ne se lasse, pas de prier, que M™"^ Duchesne a trouvé la force et la victoire : In silentio et in spe erit fortitudoK

1 Isaïe, XXX, 13.

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