‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 91 sur 247 · SÉJOUR ET RETRAITE A BORDEAUX · texte numérisé non relu

SÉJOUR ET RETRAITE A BORDEAUX

LETTRES d'adieu A SA FAMILLE ET A ALOYSIA

l'embarquement Février et mars 1818

La mère Duchesne, enfin en possession de l'objet de ses longues espérances, fit part de son bonheur à ceux qu'elle affectionnait.

Le Père Barat en avait eu déjà connaissance par M""^ Dubourg, qui se trouvait à Bordeaux, pour y préparer son embarquement. « Enfin, ma très chère sœur, lui écrivit-il avec son mélange habituel de brusquerie, d'originalité et d'élévation, enfin tout est décidé et vous êtes de la mission des Illinois! Vous aviez jadis songé aux Iroquois; mais il a fallu descendre de quelques centaines de lieues. Vous n'étiez pas assez sainte pour être mangée par les Hurones et les Algonquines... Dieu soit béni, vous ne serez pas dévorée par les sauvages; mais il faut à la place que vous vous laissiez dévorer par le feu de l'amour de Dieu et du salut des âmes. » Le Père Barat joignit à ses félicitations l'expression de sa sainte envie : « Demandez au bon Dieu

l'envoi dans ces missions de celui qui vous écrit. Il en serait bien content , ses supérieurs le savent , et vous pouvez le leur protester dans l'occasion'. »

Peu de jours après cette lettre, le jour même de la fête de saint François Régis, le même Père annonçait que révoque de la Louisiane se disposait à prendre la mer le lendemain. M"'' Dubourg s'embarqua à Bordeaux, le 27 juin 1817. Par ordre du roi Louis XVIII, un petit bâtiment de la marine royale, la flûte la Caravane, avait été mis à sa disposition pour son transport gratuit. La colonie du Sacré-Cœur devait le suivre , à quelques mois de là. Il ne l'oublia point; et à peine fut-il arrivé à Baltimore, qu'il adressa ces lignes à M"^'" Duchesne : « Le voyage offre sans doute des difficultés; mais, tous les jours, femmes, enfants se transportent dans les contrées que je vais habiter, pour y chercher vm intérêt temporel. N'en ferons- nous pas autant, avec plus de zèle encore, pour la gloire de notre bon Maître et le salut des âmes rachetées par son sang 2? »

Cependant l'heure était venue pour M™" Duchesne d'informer sa famille, et, comme dit Fénelon, « d'enchaîner au char de triomphe de Jésus -Christ la chair et le sang vaincus. » Aux premiers jours de février, elle écrivit d'abord à M"'" de Mauduit : « j'ai confié mon projet à mes deux bonnes cousines. M'"*' RolHn et M™® Tesseire, qui est la bonté en personne. Je viens aussi t'en faire part. Depuis longtemps, ma très chère amie, un attrait bien prononcé et bien fort m'attirait vers l'instruction des infidèles. Je songeais même autrefois à aller en Chine ; mais cela est impraticable. Dieu a eu égard à mes vœux, et

' Bordeaux, 17 juin 1817. — 2 Baltimore, !«"■ novembre 1817. Autogr.

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