‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 92 sur 247 · SES ADIEUX A SA FAMILLE · texte numérisé non relu

SES ADIEUX A SA FAMILLE

m'a fait trouver plus près, et à moins de frais, le bonheur que j'attendais. J'ai vu à Paris l'évêque de la Louisiane, et c'est dans son diocèse que j'irai travailler à l'instruction des sauvages, et former, avec des compagnes, une maison de notre Société. Le départ était fixé au prochain mois de mai ; mais celui de différents missionnaires , la commodité d'^un vaisseau connu et d'un bon capitaine, nous ont déterminées à partir ce mois-ci. Je quitte Paris dimanche... Crois, ma bien-aimée sœur, que je te serai toujours unie. Toi , tes filles , ton mari , ton fils , seront l'objet continuel de mes vœux. Dis à Amélie de se rappeler sa première fi'rveur et de ne pas oublier Vunique nécessaire. Adieu , ma tendre sœur; fais dire une messe pour moi à Saint- Uégis. »

La même amitié tendre et forte lui dicta cette lettre à M""* Jouve : « Ma bien chère sœur, je -quitte Paris , peutêtre même dans la huitaine. Bordeaux sera ma première Station, et si Dieu n'y met point d'obstacle, la Louisiane la dernière. J'ai eu occasion de connaître ici M"' Dubourg, qui en est évêque. Depuis longtemps je le désirais, pour m' ouvrir à lui de mes désirs d'instruire les infidèles, désirs longtemps combattus par mes supérieurs et confesseurs. Enfin la Providence a tout ménagé pour leur accomplissement. M""" Dubourg m'a témoigné beaucoup de bonté, et nous habiterons la même ville que lui... Je quitterai la France ce mois-ci; mais, en la quittant, j'emporterai mes affections, mes souvenirs pour mes bonnes sœurs et leurs enfants. Vous prierez pour moi, je prierai pour vous; et au moment où je quitte tout pour travailler âtt salut de quelques âmes, je forme les vœux les plus ardents pour que vous vous attachiez au seul nécessaire... Je suis et serai toujours toute à toi, dans le Cœur sacré de Jésus. »

Les^ adieux adressés à Aloysia ont un autre caractère. C'est le même amour généreux , mais c'est un amour plus haut, c'est de l'amour dans le ciel. On sent que M'""^ Duchesne s'adresse, à la fois, à une sœur en religion et à une nièce victime : « Je quitte Paris, ma bonne Aloysia, et bientôt la France. Nous nous reverrons, je l'espère, au moins dans le ciel, si, sur la terre, nous n'obtenons pas cette consolation. Offre tes souffrances pour nous , et nous prierons pour toi. J'apprends que tu es plus souffrante : que tes maux soient tes prières pour moi et pour nos abandonnés. J'offrirai pour toi les vœux éloquents des pauvres. Envie mon bonheur et goûte le tien. Dieu veut nous séparer, il nous réunira dans son Cœur. Adieu, chère et bonne sœur, adieu ! »

En apprenant le départ d'une expédition dont il ne lui était pas donné de. faire partie , Aloysia versa beaucoup de larmes, car, rapporte son biographe, « sa tante avait fait passer dans son âme les grands sentiments dont elle était pénétrée. » Pour la première fois la malade se décida à demander de guérir, afin de pouvoir s'embarquer; mais^ son mal avait fait des progrès irrémédiables. Cinq plaies profondes, qui la tenaient presque de la tête aux pieds, la privaient de tout mouvement, et faisaient dès lors craindre pour son existence. Elle comprit qu'une part lui restait encore : la croix , et elle accepta de rester à ce poste ' d'honneur , selon que sa tante venait de le lui demander.

Elle lit davantage. Comme la résolution de M"'^ Duchesne courait risque d'être mal comprise par le plus grand nombre , Aloysia fit son affaire non seulement de la défendre, mais de la glorifier : « 11 est vrai, écrivait-elle le l*"" février à M™° Jouve sa mère, que c'est une séparation pour l'éternité. Ma tante fait ce sacrifice avec une

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