‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 93 sur 247 · MESDAMES BERTHOLD ET AUDE · texte numérisé non relu

MESDAMES BERTHOLD ET AUDE

grande générosité. Indépendamment de toutes les personnes qu'elle quitte , elle se dévoue par là à une vie toute de peines, de travaux et de pauvreté, sans compter le voyage, car il est périlleux... Ma chère maman, vous joindrez bien vos prières aux nôtres, pour lui obtenir une heureuse traversée. Elle part avec une grande joie, etc.. » Les détails qu'elle donnait, dans la même lettre, sur les eilroyables progrès de sa maladie, ses plaies, ses tumeurs, sa toux, ses insomnies et ses crachements de sang, faisaient voir combien était complète l'immolation qu'elle offrait au Seigneur, en même temps que ces lignes de j^jmc Duchesne attestaient avec quelle calme générosité la jeune malade entrait dans son rôle de victime : « Euphrosyne montre une vertu et une résignation parfaites. Dieu permet que tant de soins n'obtiennent pas le succès : il ne faut voir que sa volonté. »

Cependant plusieurs religieuses s'offraient à partager les travaux apostoliques de M'"'"" Duchesne. Il y avait à Paris , depuis l'établissement du noviciat, une Genevoise, nommée Octavie Berthold , que nous avons vue entrer comme postulante à Grenoble le même jour qu'Aloysia Jouve. Née dans le calvinisme , élevée par un père qui avait été secrétaire de Voltaire , Octavie avait vécu loin de la vérité pendant plus de vingt ans. Mais, même au sein de l'erreur, il est des âmes que le Seigneur a marquées du sceau de sa dilection éternelle. Celle d'Octavie Berthold étant, par sa droiture, naturellement catholique, ses yeux s'ouvrirent à la foi; et dès qu'elle fut entrée dans la sphère d'attraction du Cœur de Jésus , elle s'y précipita avec un élan qui ne connut plus d'arrêt qu'il n'eût atteint le sommet de l'amour crucifié. Instruite, agréable, fort aimée des enfants de la maison de Paris, elle sacrifia tout dans le désir de s'attacher à la croix de son Epoux , car ce ([u'elle recherchait

dans la vie de missionnaire c'était rimmolation. Dieu l'agréa pour cette part, et nous verrons jusqu'à quel degré d'héroïsme elle correspondit à cette grâce de choix.

La maison de Grenoble eut également l'honneur de donner à M'"" Duchesne sa seconde compagne, dans la personne de M""® Eugénie Aude. Sortie des montagnes de Moutiers en Tarentaise, produite avec avantage dans la meilleure société du Piémont et de la Toscane, et même à la cour de l'empereur Napoléon, éprise alors du monde, de la toilette et d'elle-même, Eugénie Aude avait eu besoin d'un grand coup de la grâce pour se détacher du siècle et se donner au Seigneur, Jésus-Christ, un jour, s'était fait voir à elle dans l'adorable beauté de sa face meurtrie, ensanglantée, livide, et cette vue l'avait poussée d'abord au Sacré-Cœur, puis au travail de la rédemption des âmes. De Sainte-Marie-d'en-Haut, où elle avait pris le voile , la jeune fille était venue , elle aussi , au noviciat général de Paris, où elle avait assez connu M""** Barat pour s'attacher à elle avec une sorte de passion qui devait faire tour à tour la force, la consolation et la souffrance de sa vie. Elle venait d'être envoyée à la fondation de Quimper. On l'en rappela pour prononcer ses vœux , avant de lui permettre de se rendre aux missions qu'elle avait demandées. Pleine de délicatesse, de finesse, de dévouement et de savoir-faire, M'"^ Aude sera, dans l'œuvre de l'Amérique , la femme de l'éducation victorieuse , conquérante, et elle représentera dans l'apostolat l'élément de l'action, comme M"^'' Berthold représentera celui de l'immolation.

Deux sœurs coadjutrices sollicitèrent la faveur d'aller servir Jésus-Christ dans les contrées lointaines. L'une , la sœur Catherine Lamarre, de l'ancienne maison de Cuignières, devait partir de Paris. L'autre, Marguerite Man-

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