‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 94 sur 247 · MESDAMES BERTHOLD ET AUDE · texte numérisé non relu

MESDAMES BERTHOLD ET AUDE

teau, devait être prise sur la route, dans la maison de Poitiers où elle résidait.

j a La veille du départ , écrit M™® Aude , ma mère Barat nous réunit. Elle nous fit sentir, d'une manière forte et touchante, combien notre vocation était grande et digne d'envie aux yeux de la foi : « Ne feriez -vous, dit- elle, qu'établir dans la Louisiane un seul Tabernacle , que faire prononcer à ces pauvres sauvages un seul acte d'amour, ne devriez -vous pas vous estimer trop heureuses? » Son âme avait passé dans l'expression de sa parole et de ses traits. « Venez, ajouta-t-elle, vous qui me serez toujours chères dans le Cœur de Jésus , venez recevoir nos embrassements. » Nous fûmes à ses pieds. Ma mère Duchesne les baisa; nous gardions le silence. Quel moment! on se sépara. Le soir, à la récréation, nos mères et nos sœurs pous regardaient avec un mélange d'attendrissement et de joie. Ma mère Barat ôta le cordon de sa croix, et elle me le donna ainsi que sa montre. Elle donna aussi différents objets à mes sœurs : elle aurait voulu se dépouiller

.1 pour nous. J'ai vu couler ses larmes; elles sont tombées

1» gur mon cœur ' . »

M™° Duchesne fut nommée supérieure de la colonie, avec des pouvoirs exceptionnels, pour le gouvernement des maisons d'Amérique.

Le lendemain, dimanche 8 février 1818, fête de saint Jean de Matha , le saint Sacrement ayant été exposé pendant toute la journée, M. l'abbé Perreau reçut les vœux (le M'"6 Aude, qu'il prêcha sur ce texte ; Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui. M"^° Aude reçut dans la même ma-

■• Lettre à une religieuse de Quimper. — Cfr Lettre à la mère Thérèse, 29 février 1818. — Item, M™» Octavie Berthold à la mère Thérèse.

tinée la visite du Père Varin. Elle lui remit la croix et l'anneau de professe qu'elle venait de recevoir, voulant, lui dit-elle, les tenir des mains de ce vénérable père, comme du fondateur de la Société. « Que dirai-je de cette grâce de ma profession? écrivait cette âme de feu à ses anciennes sœurs de Quimper. Cette faveur me confond et me fait une loi de ne pas mettre de réserve dans le sacrifice. Jésus, en me donnant la croix, n'a pas voulu qu'elle fût pour moi seulement extérieure, et de sa douce et forte main il l'a fait entrer dans mon cœur. 11 me Va fait porter en m'éloignant de vous, mes bonnes mères et sœurs; mais en même temps il me l'a fait aimer, en me donnant l'assurance qu'au pied de cette croix j'obtiendrai pour cette chère famille qui m'a adoptée tous les dons de son amours » Dans de telles dispositions, il n'y avait rien dont ne fût capable la petite colonie expéditionnaire du Sacré-Cœur.

« Quant à M™" Duchesne , rapporte le journal de la maison de Paris, elle aurait eu plutôt à modérer la joie qu'elle éprouvait de partir, pour se rendre enfin au but de tous ses vœux. » Elle reçut la visite de plusieurs membres de sa famille , qu'elle avait toujours si chrétiennement aimée. « M'"^* Rollin, Périer et Tesseire, écritelle, ainsi qu'Augustin et Camille, m'ont donné toutes sortes de témoignages d'affection. Ils m'ont procuré des lettres de recommandation pour les consuls de France, et pour l'ambassadeur auprès des Etats-Unis, dont nous allons dépendre -.)>

Le jour du départ, M""*^ Duchesne vit aussi les Pères Varin, Roger, Druilhet et quelques autres, qui tous lui

1 Lettre aune religieuse de Quimper. Bordeaux, 20 février 1818. - A M'"" de Mauduit. Bordeaux, 18 février 18is.

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