‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 95 sur 247 · SON DÉPART DE PARIS · texte numérisé non relu

SON DÉPART DE PARIS

prodiguèrent leurs encouragements. Après un repas pris à la hâte , on vint avertir que la voiture attendait. M"^'' Duchesne se leva la première, pour recevoir les embrassements de sa supérieure. Elle reçut aussi ceux de la communauté, encourageant tout le monde et pressant les adieux. Voyant Oclavie Berthold qui pleurait en s'arrachant des bras de ses compagnes , elle lui prit la main , et lui fit franchir le seuil. Quelques instants après, la diligence partait, emportant les sœurs vers Bordeaux, qui devait être le lieu de l'embarquement. La voiture disparue, la mère Bigeu entra dans le réfectoire, où elle était attendue pour le repas de midi , et elle ne put que dire à la communauté : « Mes sœurs , elles sont parties dans le Cœur de Jésus. »

Sur ces entrefaites, M"^" Duchesne avait déposé entre les mains de M. l'abbé Perreau une pièce importante pour être remise par lui à la mère Barat, C'était le tableau d'ensemble de la conduite de Dieu sur elle depuis l'enfance, et la preuve authentique et indiscutable de sa vocation : « Je me suis décidée, ma mère, disait-elle, à vous laisser cet écrit, car j'ai senti combien vous devez avoir ' d'appréhension de me confier l'œuvre importante que nous entreprenons à une si grande distance de ceux qui nous ont communiqué son esprit, et de vous qui l'avez recueilli, pour le répandre sur vos filles. Mais si c'est Dieu qui s'est manifesté dans ma vocation , si c'est lui qui ouvre les moyens de l'accomplir, il y a lieu d'espérer qu'il soutiendra son œuvre par les moyens les plus faibles, et par les personnes les plus incapables de réussir. » Après avoir parcouru la suite des faveurs célestes citées dans cette histoire, elle terminait ainsi : « Permettez, ma bonne mère, que je vous demande de nouveau pardon de toutes les peines que je vous ai causées. Dieu me veut en voie

d'expiation, en m'imposant la charge de supérieure que vous m'avez donnée. Mon plus grand bonheur sera de vous former de dignes tilles; sinon, j'aime mieux mourir. »

Cependant les quatre voyageuses s'éloignaient de Paris. La diligence de Bordeaux emportait, avec elles, un officier qui, pour se désennuyer, chantait des chansons bachiques, et un jeune ecclésiastique, non encore prêtre, M. Evremond-Hulissard, futur missionnaire et futur jésuite, qui ripostait par des psaumes et des cantiques. Elles communièrent successivement à Orléans et à Tours. C'étaient, pour de telles âmes , les plus mémorables incidents de la route. Le mercredi, elles arrivèrent à Poitiers, aux Feuillants, où elles furent accueillies « avec cette tendre charité , dit 31'"'= Aude , qui est dans le cœur de toutes nos mères et sœurs • » . A Poitiers , la colonie s'adjoignit la sœur Marguerite Manteau, comme il était convenu. On communia encore une fois à Angoulême; et c'est ainsi que, fortifiées d'étapes en étapes par le divin Viatique, elles arrivèrent à Bordeaux.

On les y attendait. Une petite communauté enseignante dirigée par une dame Vincent, qui avait déjà, à une autre époque, reçu M'"*" Barat, leur fit un accueil plein de charité. C'était dans cette maison que l'on devait demeurer, jusqu'à ce que le temps permît de prendre la mer.

II y a, au lendemain de tout grand sacrifice, une heure redoutable, heure de transition, où, déjà séparé de la carrière que l'on quitte, sans être encore entré dans celle que l'on embrasse , sentant douloureusement ce que l'on vient

1 Lettre de M"» Aude à Quimper. Bordeaux, 29 février 1818. — Item à M™» Thérèse Mailluchau.

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