‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 96 sur 247 · LE VOYAGE A BORDEAUX · texte numérisé non relu

LE VOYAGE A BORDEAUX

de perdre, sans que Ton puisse savoir ce que sera l'avenir, on se voit, pour ainsi dire, suspendu dans le vide. iM"'" Duchesne, écrivant le 18 février à M""^ Barat, raconte de quel poids ce sentiment l'accabla, en arrivant à Bordeaux : « Le bonheur qui m'environne chez M"^° Vincent n'est ni vous ni mes soeurs; et quoique Dieu soutienne l'ardeur de mes désirs, cependant je me suis trouvée, en arrivant, dans un état d'angoisse, de dureté, de noirceur, qui fit qu'en entrant dans l'église de Saint-André, j'insistai sur ces paroles de l'apôtre saluant l'instrument du supplice : 0 bona ct'waSj diu desiderata, et jam concupiscenti animo prœparata ^ . Mes sœurs ont eu aussi leurs moments de faiblesse que j'entrevoyais et supportais au double. «

M""^ Duchesne dit ailleurs : « Le jour du départ n'étant pas assuré et ne pouvant l'être à cause des vents, nous profitons de notre temps pour une retraite. » Et, dans la lettre précédente : « J'ai eu le bonheur de trouver le Père Barat, que je vois presque tous les jours, et qui nous confesse alternativement. Votre frère donne un bon coup pour jeter dans la perfection les âmes qui résistent. » De son côté, M""® Aude, parlant du Père Barat, écrivait : « Quand même, dans tout mon voyage, je n'aurais eu que cette grâce d'avoir vu un saint, pourrais-je regretter de l'avoir fait? »

Outre ces encouragements et ceux que lui envoyaient jjmos Barat et Bigeu, la mère Duchesne reçut de M. l'abbé Perreau des lignes qui l'assuraient que son entreprise n'avait pas aujourd'hui de patron plus convaincu et plus zélé que lui. Chose étrange! la veille encore de la déci- Bion , on ne trouvait qu'opposition au projet de départ ; le

r -.1 « 0 bonne croix, si longtemps désirée, et qui enlin t'apprêtes à combler mes désirs 1 »

lendemain, il n'y avait personne qui ne l'approuvât et ne le bénît : le même coup de lumière qui avait frappé l'esprit de M"^'' Barat , avait illuminé les têtes les plus élevées de la Société. ^I. Perreau disait : « Ma chère iille, je suis heureux de vous apprendre que l'écrit que j'ai remis de votre part à votre bonne mère Barat a été bien reçu. Pour moi, plus j'y réfléchis, plus je vois que Dieu vous appelle où vous allez. C'est lui qui , pour donner à votre sainte entreprise le caractère propre à celles qui se font uniquement pour sa gloire, a permis qu'elle éprouvât quelques contradictions... Continuez, ma chère fille, avec la même persévérance et le même abandon entre les mains de Dieu, ce ({ue vous avez si heureusement commencé : il sera toujours avec vous pour vous soutenir. Je dis plus : vous devez compter sur une protection plus spéciale de sa part, car vous avez plus raison de dire avec les apôtres : Domine , ecce reliquimus omnia et secuti sumus te; quid ergo erit jiobis^? Ce qu'il vous donnera comme prix de ce grand abandon , ma fille , c'est son divin Cœur pour vous servir d'asile, son esprit pour vous guider, et quelques gouttes de son calice d'amertume pour vous purifier, vous détacher de vous-même, et vous apprendre à ne plus vous appuyer que sur Lui. Oh! que cet appui est doux et fort! Oui, tant que vous y resterez, vous pourrez dire : Dominus mecum, et non timebo mala^. Allez donc courageusement où il vous appelle, vous le trouverez partout. Domini est terra et plenitudo ejus, orbis terrarum et iiniversi qui habitant in eo... In manibus tuis sortes meœ^. Dites à vos filles que

1 Seigneur, voici que nous avons tout quitté pour vous suivre ; que nous donuerez-vous ? (Mattli. xix, 27.)

2 Le Seigneur est avec moi, je ne craindrai aucun mal.

3 Au Seigneur appartient la terre entière, à lui est l'univers et

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