‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 97 sur 247 · DERNIERS ADIEUX A SA FAMILLE · texte numérisé non relu

DERNIERS ADIEUX A SA FAMILLE

je pense à vous tuutes dans le sacré Cœur de Jésus. Adieu! adieu ! »

M. Perreau ajoutait « qu'en raison des contradictions et des oppositions que ce voyage avait subies de la part d'ecclésiastiques respectables, il venait d'écrire à Rome, pour exposer les choses et demander au très saint Père la bénédiction apostolique pour M'"" Duchesne et ses com- ' pagnes ^ » .

Le retard que les vents apportèrent à son embarquement permit encore à cette mère d'envoyer à sa famille un adieu suprême. La nouvelle de son départ, reçue d'abord avec une douleur profonde, avait été ensuite acceptée chrétiennement, comme un sacrifice qu'il fallait faire à Dieu. M"*^ Duchesne les en remercia. S'adressant d'abord le 18 février à M'"'^ de Mauduit : « Ma bien chère sœur, lui dit-elle, je connaissais assez ton cœur pour présumer que mon départ te ferait de la peine, mais aussi j'étais pleinement convaincue de ton courage , de ta foi , et de la justice que tu rendrais aux motifs qui m'animent et qui ont vaincu toutes les oppositions de mes supérieurs. Je jugeais bien d'avance que ma résolution n'altérerait point cette tendre union, qui a fait la douceur de ma vie, et qui donne maintenant du prix à mon sacrifice. Ce n'est rien de s'exposer à des périls , quand on compare cela au détachement d'une tendre et sainte amitié ! Mais non , elle subsistera; elle se fortifiera et s'alimentera par les privations; et Dieu, tout libéral, nous fera des grâces qui en seront la récompense. Mes vœux t'accompagneront tou-

tout ce qu'il contient. Seigneur, c'est entre vos mains que repose mon sort.

* Autogr. sans date, format petit in -18, joint au Recueil des lettres de M"^ Barat à M"'« Duchesne. — Id., copié par M™" Duchesne avec la date de février 1818.

jours, et si le Ciel bénit nos efl'orts, toi et ta famille aurez grande part à l'œuvre de notre mission. Dieu m'y entraîne par un long attrait , et me l'accorde après bien des vœux. Il y a une conduite de Providence si admirable dans leur accomplissement , que toutes les saintes âmes y voient le doigt de Dieu... Adieu donc, ma chère sœur, notre amitié est trop forte pour que la distance l'affaiblisse. J'aimerai toujours tendrement et ma bonne sœur et son mari, et sa sœur et ses enfants. Rappelle -moi à eux tous et fais prier pour moi. Je le ferai constamment pour toi, dans le Cœur libéral de Jésus. »

Les mêmes sentiments inspirent cette autre lettre, du l®'" mars, écrite à M™'= Jouve : « Ma très bonne sœur, j'étais très persuadée de tes sentiments pour moi, et l'idée du sacrifice de si bonnes sceurs est entrée pour beaucoup dans le sacrifice général que je fais à Dieu , pour remplir ses desseins. S'il daigne l'agréer et bénir nos travaux, j'oserai lui demander en retour les plus abondantes bénédictions pour toi et ta famille, à qui je demeure intimement unie... Adieu, la plus chère des sœurs, je ne t'oublierai jamais. ■»

Sainte- Marie -d'en -Haut, ses religieuses, ses pensionnaires, ne tenaient pas moins au cœur de la mère Duchesne. Elle leur avait écrit le 15 février : « Mes bien bonnes amies et chères enfants, dans ce moment où je quitte tout, presque aussi réellement que si j'allais mourir, puisqu'il est presque certain que je ne vous reverrai plus sur cette terre, ainsi que tant de mères, sœurs, parents et amies, je me crois autorisée à demander beaucoup à Dieu, avec la même confiance qui faisait dire à saint Pierre : Nous avons tout quitté pour vous; quelle sera notre récompense? Ah! cette récompense que je sollicite auprès de Lui, c'est la grande, l'ineffable consolation d'apprendre

Page 1