‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 104 sur 270 · ENCOURAGEMENT DE MONSIEUR PERREAU · texte numérisé non relu

ENCOURAGEMENT DE MONSIEUR PERREAU

plus zélé que lui. Chose étrange! la veille encore de la décision, on ne trouvait qu'opposition au projet de départ; le lendemain, il n’y avait personne qui ne l’approuvâtet ne le bénit: le même coup de lumière qui avait frappé l'esprit de M"° Barat, avait illuminé les têtes les plus élevées de la Société. M. Perreau disait : « Ma chère fille, je suis heureux de vous apprendre que l'écrit que j'ai remis de votre part à votre bonne mère Barat a été bien reçu. Pour moi, plus j'y réfléchis, plus je vois que Dieu vous appelle où vous allez. C'est lui qui, pour donner à votre sainte entreprise le caractère propre à celles qui se font uniquement pour sa gloire, a permis qu’elle éprouvât quelques contradictions. Continuez, ma chère fille, avec la même persévérance et le même abandon entre les mains de Dieu, ce que vous avez si heureusement commencé : il sera toujours avec vous pour vous soutenir. Je dis plus : vous devez compter sur une protection plus spéciale de sa part, car vous avez plus de raison de dire avec les apôtres : Domine , ‘ecce reliquimus omnia et secuti sumus le; quid ergo eril nobis'? Ce qu’il vous donnera comme prix de ce grand abandon, ma fille, c’est son divin Cœur pour vous servir d'asile, son esprit pour vous guider, et quelques gouties de son calice d’amertume pour vous purifier, vous détacher de vous-même, et vous apprendre à ne plus vous appuyer que sur Lui. Oh! que cet appui est doux et fort! Oui, tant que vous y reslerez, vous pourrez dire : Dominus mecum, et non limebo mala ?. Allez’ donc courageusement où il vous appelle, vous

! Seigneur, voici que nous avons tout quitté pour vous suivre; que nous donnerez-vous ? {Matth., x1x, 27.) 2 Le Seigneur est avec moi, je ne craindrai aucun mal,

le trouverez partout. Domini est terra el plenitudo ejus, orbis lerrarum et universi qui habitant in eo. In manibus Luis sortes meæ !. Dites à vos filles que je pense à vous toutes dans le sacré Cœur de Jésus, Adieu! adieu! »

M. Perreau ajoutait « qu’en raison des contradictions et des oppositions que ce voyage avait subies de la part d’ecclésiastiques respectables, il venait d'écrire à Rome, pour exposer les choses et demander au très-saint Père la bénédiction apostolique pour M"° Duchesne et ses compagnes ? ».

Le retard que les vents apportèrent à son embarquement permirent encore à cette mère d'envoyer à sa famille un dernier adieu. La nouvelle de son départ, reçue d’abord avec une douleur profonde, avait été ensuite acceptée chrétiennement, comme un sacrifice qu'il fallait faire à Dieu. M"° Duchesne les en remercia. S’adressant d’abord à M"° de Mauduit : « Ma bien chère sœur, lui dit-elle, jeconnaissais assez ton cœur pour présumer que mon départ te ferait de la peine, mais aussi j'étais pleinement convaincue de ton courage, de ta foi, et de la justice que tu rendrais aux motifs qui m'’animent et qui ont vaincu toutes les oppositions de mes supérieurs. Je jugeais bien d'avance que ma résolution n'altèrerait point cette tendre union, qui a fait la * douceur de ma vie, et qui donne maintenant du prix à mon sacrifice. Ce n’est rien de s’exposer à des périls,

1 Au Seigneur appartient la terre entière, à lui est l’univers et tout ce qu’il contient. Seigneur, c’est entre vos mains que repose mon sort.

2 Autogr. sans date, format petit in-18, joint au Recueil des lettres de Me Barat à Mme Duchesne. — Id., recopié par Mme Duchesne avec la date de février 1818, Recueil, n° 49, p. 3.

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