DERNIERS ADIEUX A SA FAMILLE
quand on compare cela au détachement d'une tendre et sainte amitié! Mais non, elle subsistera; elle se fortiliera et s’alimentera par les privations; et Dieu, tout libéral, nous fera des grâces qui en seront la récompense. Mes vœux t’accompagneront toujours, et si le Ciel bénit nos efforts, toi et La famille aurez grande part à l'œuvre de notre mission. Dieu m'y entraîne par un long attrait, et me l'accorde après bien des vœux. Il y a une conduite de Providence si admirable dans leur accomplissement, que toutes les saintes âmes y voient le doigt de Dieu... Adieu donc, ma chère sœur, notre amitié est trop forte pour que la distance l’affaiblisse. J'aimerai toujours tendrement et ma bonne sœur et son mari, et sa sœur et ses enfants. Rappelle-moi à eux tous et fais prier pour moi. Je le ferai constamment pour toi, dans le Cœur libéral de Jésus !. »
Les mêmes sentiments inspirent cette autre lettre, écrite à M"° Jouve : « Ma très-bonne sœur, j'étais trèspersuadée de tes sentiments pour moi, et l’idée du sacrifice de si bonnes sœurs est entrée pour beaucoup dans le sacrifice général que je fais à Dieu, pour remplir ses desseins. S'il daigne l’agréer et bénir nos travaux, j'oserai lui demander en retour les plus abondantes bénédictions pour toi et ta famille, à qui je demeure intimement unie... Adieu, la plus chère ins sœurs, je ne t'oublierai jamais ?. »
Sainte-Marie-d'en-Haut, ses religieuses, ses pensionnaires, ne tenaient pas moins au cœur de la mère Duchesne. Elle leur écrivit : « Mes bien bonnes amies et chères enfants, dans ce moment où je quitte tout,
1 A Me de Mauduit, à Crest. Bordeaux, 18 févr, 1818. Recueil, p. 87, ? A Mme Jouve, à Lyon, 1°" mars 1818,
presque aussi réellement que si j'allais mourir, puisqu'il est presque certain que je ne vous reverrai plus sur celte terre, ainsi que tant de mères, sœurs, parents et amies, je me crois autorisée à demander beaucoup à Dieu, avec la même confiance qui faisait dire à saint Pierre : Nous avons tout quitté pour vous; quelle sera notre récompense? Ah! cette récompense que je sollicite auprès de Lui, c'est la grande, l’ineffable consolation d'apprendre que vous êtes toutes ferventes dans son amour, que vous opérez de bonnes œuvres, et que, par là, vous tendez à cette piété solide, dont l'heureux terme sera la jouissance de Dieu, en ce monde par sa grâce, et dans l’autre par l'éclat de sa gloire. Oui, à travers l'immense espace qui va bientôt nous séparer, mon cœur vous cherchera encore et formera des vœux pour votre bonheur. Si je puis y contribuer en faisant prier pour vous la jeunesse qui deviendra le troupeau de Jésus-Christ, je ne négligerai pas un moyen si fort selon mon cœur. Quand je me verrai au milieu d'âmes simples et innocentes, je leur dirai : « Prions pour ces enfants que j'ai quittées, et dont le cher souvenir a donné tant de prix à mon sacrifice. Prions pour vos premières bienfaitrices qui, avant de vous connaitre, ‘intéressaient le Ciel à votre conversion, etcontribuaient déjà à la procurer par les dons qu'elles vous destinaient.. Vous aussi, mes enfants, priez beaucoup pour nous !, »
À chacune de ces lettres, on voit grandir davantage l'âme de M"° Duchesne. Avec la mère Thérèse, sa fervente émule de la sainte montagne, ce n’est plus une
1 Bordeaux, 15 février 1818.