‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 112 sur 270 · SA MALADIE ET SON COURAGE · texte numérisé non relu

SA MALADIE ET SON COURAGE

troublée, mais j’élais sérieuse, par la vue que Dieu ne voulait pas autre chose de moi. Je pensais qu'Eugénie pourrait conduire la barque, qui n’en irait que mieux. Plus heureuse que Moïse, j'étais du moins entrée dans la terre promise, et j'y avais introduit la colonie qui devait guerroyer pour le sacré Cœur. Je vous assure que la mort avait pour moi tous ses attraits, car j'ai bien sujet de craindre, en vivant, de gâter l’œuvre de notre établissement, »

Elle ajoute : « Mais Dieu n’a fait que me montrer ses charmes : après un traitement de quelques jours, je fus rendue à mon état ordinaire'.» Elle attribuait sa guérison aux soins de plus en plus dévoués des Dames Ursulines : « La maison qui nous a reçues représente les nôtres, écrit-elle à sa sœur M"° de Mauduit. Dans aucune autre nous n’aurions reçu plus de témoignages d'affection et d’attentions multipliées..….. Arrivées chez ces dames, nous y avons trouvé médecin, bains, boissons rafraichissantes , nourriture choisie , linge de toute espèce : des mères ne pourraient faire davantage pour leurs enfants. Elles parlent même de nous donner plusieurs choses pour continuer notre route ?. »

En attendant qu'une lettre de M” Dubourg, alors à Saint-Louis, lui assignât le poste où elle devait se rendre, M"° Duchesne observait, interrogeait, s’instruisait sur l’état du pays ; et il est vrai de dire que tout ne fut pas enchantement dans ce premier regard. La population de la Nouvelle-Orléans, qui était alors d'environ 15,000 âmes, tant esclaves qu’hommes libres, ne possé-

1 Nouvelle-Orléans, 22 juin 1818.

2 Nouvelle-Orléans, 2 juin 1818.

dait que deux prêtres ! Et d'autre part cependant, que de besoins, que de misères! La démoralisation parmi les familles des blancs passée presque à l'état d’institution publique ; la dissolution brutale parmi les nègres; chez les enfants, l'ignorance et la grossièreté rehaussées d'orgueil! Étaient-ce là ces âmes simples, innocentes et pures, ces familles primitives qu'elle s'était flattée de l'espoir de trouver dans le Nouveau-Monde? « Combien, écrivait-elle, les maisons d'éducation auraient besoin de se multiplier dans ces pays-cil On voit de jeunes personnes de dix-huit ans qui n’ont appris qu'à manger et à courir, même parrni les familles des plus riches habitants. On ne sait ni prier, ni faire le signe de la croix, ni se mettre à genoux. On ignore les principaux mystères de la religion !. » — « Le cœur, disait une autre lettre, se sent de ses sacrifices d'autant plus que le prix en est encore caché sous les voiles de la foi et de l'espérance. Mais, au sein de ses détresses , l'âme dit fortement : Deus meus, lœtus libi obtuli omnia ?. Une grande consolation, la plus grande de toutes lui fut cependant donnée. Elle en exprime sa joie, mais non sans y mêler la plainte d’une noble envie dans la lettre suivante : « Hélas! nous n’aurons pas la gloire de porter les premières aux États-Unis la dévotion au sacré Cœur! J'ai trouvé ici un beau tableau de ce divin Cœur, peint à Rome, et il m'est tombé entre les mains un livre imprimé à la Nouvelle-Orléans rempli de prières en son honneur ?. » Ainsi à son bonheurde voirle Cœur de Jésus

1 A Me de Mauduit. Nouvelle-Orléans, 2 juin 1818.

? « Mon Dieu, je vous ai tout offert avec joie, » Nouvelle-Orléans, 22 juin 1818, à Mme Barat,

3 Nouvelle-Orléans, 22 juin 1818, à Mme Barat,

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