LA RELIGION À LA NOUVELLE-ORLÉANS
triompher sur ce rivage se mêlait une déception : la déception du soldat qui trouve le drapeau planté et flottant sur la brèche où il se réjouissait de monter le premier.
Une autre des joies de M"° Duchesne était de voir, chaque soir, rassemblés autour de M. l'abbé Martial, les nègres et les mulâtres qu’il catéchisait, « Ils écoutent le missionnaire, rapporte le journal, avec la ferveur des premiers fidèles quand ils entendaient saint Pierre; et lorsque le canon de la retraite les avertit qu'il est l'heure de se retirer, ils expriment leurs regrets de ne pouvoir passer la nuit dans ces saints entretiens !.» En attendant qu’elle pût faire elle-même quelque chose pour ces pauvres gens, M" Duchesne rassemblait des sauvages et sauvagesses à qui elle faisait l'aumône, ou desquels elle achetait quelques pelits ouvrages pour les envoyer en France. Ces Indiens, apparemment, étaient les derniers débris de la tribu des Chactas, dont quelques familles habitaient le village de Mandeville, de l’autre côté du lac Pont-Chartrain. « Ces pauvres indigènes, observait le mème récit, ont sur le visage une expression de misère et de douleur qui fait de la peine. Ils nous nomment les femmes du Grand-Esprit. » Ce nom semblait un appel qui transporlait le zèle de Me Duchesne :«Ma jalousie , écriväit-elle, est de voir M. Martial trouver, dès son arrivée, de la besogne au delà de ses forces, tandis que nous restons dans notre nullité ?, » Elle appelait de ce nom l’inaction où la lais-. sait toujours l'absence des ordres de M® Dubourg.
LA
1 V. Annales e la propadliof de la Foi,t. I, p. 28,
Ce n'était pas la faute de l'Évèque missionnaire: Dès qu'il avait appris l’arrivée de la Rébecca à la Nouvelle- Orléans, il n’avait pas manqué d'écrire ses intentions à M'° Duchesne : « Dieu soit béni, disait sa lettre; votre arrivée, celle de vos sœurs et de votre respectable guide a adouci et suspendu pour moi bien des chagrins. Vous ètes venues, dites-vous, chercher la croix ? Oh! que vous êtes bien tombées pour la trouver ! Soyez tranquilles, elle ne se fera pas chercher longtemps. Si je n'étais pas assuré de trouver en vous ces dispositions, je frémirais plus que je ne me réjouirais de votre arrivée. Mais avec elle ne craignons rien, Dieu sera avec nous. Affermissez-vous seulement dans ces dispositions, c’est là l'essentiel. Les premières fondatrices eurent toujours beaucoup à souffrir. Souvenezvous de sainte Thérèse... Mais que dis-je? Souvenezvous de l’Auteur et du Consommateur de notre foi !. »
Cette lettre marquait aux sœurs la destination qui leur était assignée ; mais elle s’égara et demeura six mois sans leur parvenir. M" Duchesne, inquiète et n'y comprenant rien, ne savait plus de quel côté diriger ses démarches : « L’évèque n’écrit point, ce qui n’est pas consolant, mandait-elle à la supérieure générale. » Et dans un autre endroit : « Nous attendons toujours le bateau de Saint-Louis... J'appréhende que nous ne soyons encore longtemps ici?. » à
Les dames Ursulines la pressaient de rester à la Nouvolle- Orléans, afin d'y établir une école émule et sœur de ia leur, mettant à ces offres le plus admirable désin- ‘
! Saint-Louis-du-Missouri, 24 juin 1818:
? Nouvelle-Orléans, 7 juin 1818, Ni