SON DÉPART POUR SAINT-LOUIS
téressement. & A ces sollicitations, écrit M"° Duchosne, j'ai opposé notre mission qui était pour Saint-Louis, et notre vocation qui était pour les sauvages... Aujourd'hui toutes les pensées pour la Nouvelle-Orléans ont disparu de notre esprit, et nous ne voyons plus que la volonté de Dieu. » Elle faisait cependant remarquer dans ses lettres à la mère générale, et avec raison, combien il serait utile de s'établir prochainement dans cette ville ou auprès : « J'espère, ma bien digne mère, que vous ne m'objecterez pas la rareté des sujets. Dès que rien n'avance en France, il faut bien travailler ailleurs, et contenter tant de vœux qu’on fait pour ce pays. Je suis personnellement si heureuse d'y être venue, que de nouveaux sacrifices pour nous y étendre me seront doux. Fallût-il voir encore les horreurs de la mer, traverser les forêts les moins fréquentées, il me semble y être prête ‘, »
A défaut d'ordres précis, ayant eu connaissance indirectement que M5 Dubourg l’attendait à Saint-Louis, Me Duchesne se décida à prendre le chemin de cette ville. « Quatre cents lieues sont peu de chose, écrivaitelle, quand on en a fait des milliers; et une navigation sur une douce rivière est un agrément, quand on a vu la mer et ses orages *. »
Les dames Ursulines ne voulurent pas laisser partir les religieuses, qu’elles considéraient désormais comme leurs sœurs, sans leur offrir un gage de fraternité. Elles leur remirent une somme de trois cents piastres (quinze cents francs) à titre de pur don. Les cinq reli-
1 Nouvelle-Orléans, 9 juillet 1818:
? Nouvelle-Orléans , 4 juin.
2142 HISTOIRE DE MADAME DUCHESNE gieuses, ayant fait à ces généreuses amie# leurs adieux reconnaissants, prirent, le 10 juillét, le steamboat Le Franklin, pour remonter le cours du Mississipi. Navigable dans une étendue de plus de huit cents lieues, le Mississipi est sans contredit la plus grande ligne d’eau qui arrose l'Amérique septentrionale. Le grand nombre de rivières qui viennent grossir son cours le font communiquer avec le nord et le nordouest de l’Union-Américaine. Par l'Ohio il reçoit les produits des États de l'Ouest ; par la rivière des Illinois il entre dans le Canada, et par le Missouri il peul ouvrir une route vers les pays voisins de l’océan Pacifique. Mais sa navigation, qui était alors moins connue qu'aujourd'hui, présentait mille périls, à cause des bancs de sable et de l'encombrement incessant de son lit. Tandis que les chemins de fer permettent présentement de franchir en trente-six heures la distance de treize cents milles qui sépare la Nouvelle-Orléans de Saint-Louis du Missouri, il ne fallait pas moins de quatre mois à celte époque pour faire le mème parcours. Il est vrai qu'on assurait à M"° Duchesne qu’une invention nouvelle, celle du bateau à vapeur, abrégerait le voyage. « Nous ferons notre route, qui est de quatre à cinq cents lieues, sur des vaisseaux à vapeur, invention admirable qui permet de faire en vingt jours un voyage auquel les gens du pays employaient six mois il y a deux ans ‘. » Mais malgré ce progrès, qui en était alors à ses premiers essais, que de lenteurs, que d’arrêts, que d'aventures devait rencontrer encore cette remonte du fleuve.
1 A Mie de Mauduit, 2 juin 1818,