ÉTAT RELIGIEUX DE LA LOUISIANE
ligion catholique. Mais le protestantisme l'entamait fortement. Méthodistes, quakers, anabaplistes et presbytériens y avaient leurs ministres, leurs prèches, leurs écoles, « divisant Jésus-Christ, » selon l'expression de l’Apôtre; landis que l'unitarisme, glorifié celte année-là même 1819, par un éloquent manifeste de Channing, entraînait au déisme les trop nombreux parlisans d’une foi mal définie et d’une morale commode. Quant aux Indiens, beaucoup restaient infidèles ou l'étaient redevenus, et le nombre était petit de ceux qui, en souvenir des robes noires d'autrefois , désiraient des ministres de la prière française !.
La moisson était donc grande, mais le nombre des ouvriers était petit. L’évèque espagnol de la Nouvelle- Orléans, don Louis Penalvez de Cardenas, ayant été transféré, en 1801, au siége métropolitain de Guatemala dans l'Amérique centrale, la Louisiane, bientôt après devenue américaine, avait élé soumise à la juridiction de M‘ Carroll, évêque de Baltimore. Elle n'avait fait que languir sous l'administration des vicaires généraux qui s’y succédèrent, M. l'abbé Olivier, prêtre distingué d’ailleurs, puis M. l'abbé Sibour, qui le remplaça en 1810, jusqu’à la nomination et la consécration d’un évêque titulaire. C'était presque une tête sans corps; le clergé manquait partout. Sur ce vaste espace où l’on compte aujourd’hui deux archevêchés et neuf évèchés suffragants , quarante prêlres à peine étaient disséminés lorsque M‘ Dubourg s'était rendu en France, comme nous l’avons vu, pour y recruler une milice, encore trop peu nombreuse, mais digne par son zèle d’une si
1 Annales, no xvit, p. 497 et euiv.
riche conquête. Tous ceux qu'il avait amenés étaient de véritables ouvriers de l'Évangile, quelques-uns étaient des hommes éminents et des saints. Nous apprendrons à connaître Félix de Andreis, Joseph Rosati et Léon de Nekere, par leurs relations avec M"° Duchesne. Le plus grand nombre de ces prêtres, ainsi qu'Acquaroni et le frère Blanca, étaient des lazaristes italiens. D'autres appartenaient à divers ordres religieux ou au clergé séculier, comme Antoine Blanc, Mathias Loras, Chalon, Michel Portier, que M“ Dubourg avait recrutés en France et en particulier dans le diocèse de Lyon, qui commençait à devenir ce qu'il est aujourd’hui : une pépinière d’apôtres pour les missions étrangères.
La Nouvelle-Orléans avait été jusqu'ici la résidence de l'évêque. Mais à son retour de France, laissant entre les mains d’un administrateur cette ville et la province de la Basse-Louisiane, où il avait rencontré de graves difficultés, M Dubourg était allé se fixer à Saint- Louis, comme au poste le plus avancé de la conquête apostolique qu'il entreprenait.
C'est là que le 21 août 1818 M" Duchesne, obligeamment conduite par le patron du steamboat, le capitaine Reed, arriva enfin chez Mf' Dubourg, qui lui fit le plus paternel accueil. Dès le premier aspect de la demeure épiscopale, la supérieure put comprendre ce qui l’attendait, elle et ses religieuses, dans cette rude mission. M® Dubourg n'avait pour palais qu’une sorte ‘de grange, dans laquelle il menait la vie des plus austères ascètes du désert. Une seule et petite chambre servait à la fois de dortoir, de réfectoire et de salle d'étude pour lui, et quatre ou cinq prêtres dont plu- : sieurs étaient malades. Son église était une baraque