SAINT-CHARLES DU MISSOURI
qui firent de Saint-Charles un entrepôt de commerce, appelé, croyait-on, à un florissant avenir.
La maison que l'évêque avait louée pour le Sacré- Cœur dominait le Missouri, à une petite distance. Elle se composait de cinq petites chambres, avec une pièce un peu plus grande, au centre de l'appartement. Si exiguë que fût cette demeure primitive, on y trouva place pour une petite chapelle, que l'on orna le mieux qu'on put. Un jour M"° Duchesne, étant à Grenoble, avait trouvé, parmi les balayures d’une église, une rélique de saint François Régis, et elle avait promis à son saint protecteur de la faire honorer quelque jour dans les missions, si elle obtenait le bonheur de s'y rendre. La relique fut placée dans la chapelle de Saint- Charles, proche du tabernacle, comme un trophée de victoire. « Notre chapelle est grande comme le sanctuaire de notre maison de la rue des Postes, à Paris, écrivait M"° Duchesne, mais tout est dévot dans ce petit réduit. La statue de la sainte Vierge en touche le plancher. Il y a un beau tableau du sacré Cœur avec plus de cinquante figures : il vient de Rome. » Un Sauveur ouvrant son cœur, venant aussi de Rome, une Naissance, une Adoration des mages ravissante, un reliquaire contehant sainte croix, épine, éponge, reliques de toute la famille de Jésus-Christ, de tous les apôtres, papes, docteurs de l'Église, etc., reliques de saint Ignace et de saint Régis !!... Comment M" Duchesne ne se serait-elle pas trouvée consolée et satisfaite, ainsi tout entourée des objets de son culte. C'était le ciel, pour ainsi dire, qui descendait sur la terre, afin de l’assister.
1 Saint-Charles, 8 octobre 1818,
Témoin du contentement de la petite communauté, l'évèque l'excilait par des paroles d'espérance : « Monseigneur nous anime par son exemple, écrivait encore la supérieure. Il dit que nous sommes le grain de sénevé, que les plus grands biens se préparent : il s’est montré fort content d'Eugénie et d'Octavie. Les voyant rire en rangeant leur pauvre maison, il me disait : « Voyez ces jeunes personnes qui auraient pu briller ailleurs et qui sont si gaies dans leur position! Ah! c'est superbe! Quant à nous, nous ne sommes que de vieux pécheurs. » Il a ajouté une autre fois : « Elles sont toutes bien disposées et plusieurs vont à grand pas !. » ,
Le 8 septembre, fête de la Nativilé de la sainte Vierge, l’'évèque célébra la messe sur un autel provisoire ; puis le 11, il laissa Notre -Seigneur présent dans la petite chapelle. I] partit le lendemain, car il devait se rendre au Portage-des-Sioux, où M"° Duchesne eût bien voulu le suivre, car elle ne perdait pas de vue ses chers sauvages.
Avant de quitter Saint-Louis , le 14 septembre, Monseigneur envoya à M"° Duchesne l'approbation de l'Institut du Sacré-Cœur de Jésus pour lout le pays de sa juridiction. À cette approbation authentique, il joignit cette vive expression de sa reconnaissance : « Je n’ai qu’à remercier Dieu de ce que, vous envoyant vers des contrées confiées à ma sollicitude, il a comblé les vœux que je forme pour l'éducation de la jeunesse. La prospérité et l'avancement de votre établissement seront, n'en doutez pas, l’objet constant de mes efforts ;
1 Saint-Charles, 12 septembre 1818, Autogr.