ENCOURAGEMENT DE MONSIEUR PERREAU
insubmersible de saint Pierre, et elle s'écriait : « Que de douces larmes ont coulé de mes yeux en voyant le Souverain Pontife ajouter son autorité et sa bénédiction à tant d'autres signes de la volonté de Dieu sur notre mission.
« Demainnous chanterons un Te Deum, et on dira une messe d'action de grâces ‘, »
M. l'abbé Perreau fit suivre ces deux documents d’une longue lettre personnelle à M"° Duchesne. C’est une lettre de direction spirituelle et temporelle, toul éclairée des lumières de l'esprit de sagesse, tout embrasée des feux de l'esprit de charité. « Voici, ma trèschère fille, lui dit-il, la première lettre que j'ai la consolation de vous écrire depuis votre départ pour la Terre promise... Quelque misérable que je sois, vous êtes persuadée que j'ai cependant assez à cœur la plus grande gloire de Dieu et le salut de ces pauvres Indiens, rachetés au prix du sang de Jésus-Christ, pour ne pouvoir oublier les personnes que Dieu daigne appeler à aller culliver cette vigne jusqu'ici trop peu favorisée de la rosée du ciel. Il y a plus, ma chère fille : les liens spirituels que la divine Providence m'a fait contracter avec vous, me sont trop précieux pour ne point y tenir jusqu'à la mort. C’est la charité qui les a formés, et le divin Cœur de Jésus daignera, j'espère, en retirer sa gloire. »
M. Perreau demandait à sa fille spirituelle que la prière fût le lien de leur affection. Puis, comme M°° Duchesne lui avait témoigné son désir du martyre, M. Perreau s'écriait : « Qu'il est doux pour une âme
1 Saint-Charles, 8 octobre 1818. Autogr,
qui aime Dieu de finir sa vie mortelle par un tel sacrifice! Mais croyez-vous toujours indigne d’une si bellé fin, et vivez seulement dans la ferme résolution de vous donner sans résurve à votre divin Époux, et de lui accorder toujours de grand cœur tout ce qu'il vous demandera. »
Au bout de quelques semaines, M"° Duchesne put se rendre compte du milieu dans ‘lequel allait s'exercer son apostolat. La populaiion de Saint-Charles, comme celle de tout ce pays, était formée d’un mélange d’'Américains venus de l'Est, de créoles d’origine canadienne et française, d’'Allemands, d’Irlandais, et enfin de métis, de sauvages et de nègres. C’étaient comme autant de couches d’une terre d’alluvion, où chaque race, en débordant, apportait ses sédiments et constituait le sol d’une nouvelle patrie. Là se donnaient rendez-vous les chasseurs, trappeurs, aventuriers de toute sorte qui formaient l'avant-garde de la civilisation et fuyaient devant elle , tandis que celle-ci grossissait chaque jour son armée de colons, portant partout la charrue dans les humides prairies du Far-West. M"° Duchesne suivait avec les yeux du cœur les nombreuses familles qui passaient par Saint-Charles pour aller fonder près de là des établissements. Il n’y avait pas de semaine, et presque pas de jour, ainsi qu’elle le rapporte, où eile ne vit passer de ces bandes d'ouvriers, emmenant avec eux leurs femmes, leurs enfants, un peu de bétail et des instruments de culture, pour de là s’enfoncer dans le désert fertile. C'était l’objet continuel de son admiration autant que de son envie, et dans cette émigration d'hommes de toute race, au lendemain de notre cataclysme révolutionnaire, il lui semblait voir quelque