‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 137 sur 270 · MONSIEUR L’ABBÉ DELACROIX · texte numérisé non relu

MONSIEUR L’ABBÉ DELACROIX

tousles vents, le charitable missionnaire y avait pris une fièvre qui le dévorait depuis plusieurs jours. Apprenant son état, Monseigneur ordonna qu'on lui bâtit promptement une demeure fermée. On trouva de vieilles planches que l’on ajusta, et c’est ainsi qu’en huit jours « une chambre fut faite et parfaite », dit M"° Duchesne. On construisit auprès, sans plus de frais, une chapelle où l’on put garder le saint Sacrement. « Dès lors, dit cette femme de foi, nous fûmes établies selon nos vœux, car qui a Jésus a tout. » — « Le bon Dieu, ditelle dans une autre lettre, y a été sans fenêtres pendant plusieurs jours, avec de gros trous au plancher, d’où parfois les pommes du fruitier tombaient dans le petit sanctuaire. C’est pourtant là que nous avons été pleines de consolations !. » La clef du Tabernacle est la clef du paradis pour les âmes célestes, et elle ouvrait au-dessus de cette petite demeure des horizons pleins de perspeclives radieuses.

On était à la ferme, on vécut donc en fermières. Ici comme à Saint-Charles, on élevait du bétail ; on paissait, on soignait et on trayait les vaches, qui souvent s’enfuyaient au loin dans la forêt durant l'opération ; on récoltait et on épluchait le maïs, on cultivait les légumes; et parfois la rencontre de quelques fruits sauvages, durant la promenade à travers les bois, était une bonne fortune dont on s’empressait de bénéficier. Un petit taureau salé et une provision de farine achetée à crédit firent le fond des subsistances pendant toute une saison. On ménageait le bois; mais, hélas! chaque visite qu’on recevait du dehors épuisait la provision.

1 Fleurissant, 1er mai 1820, et passim.

« Car, dit M"° Duchesne, on y va largement dans un pays où l'on se moque des petits feux de Paris, » Force était bien alors à la communauté de retourner à la forêt pour chercher, ramasser et rapporter elle-même sa charge de bois de chauffage !.

Au milieu de ces travaux, M"° Duchesne écrivait « qu'elle et ses filles surabondaient de joie ». Le 21 novembre, fèle anniversaire de la fondation de la Société, elle adressa ces lignes toutes d'action de grâces et de jubilation à la mère Barat : « Mon cœur est toujours à vous, et les deux Sociétés n’en feront jamais qu'une dans le Cœur de Jésus. Quand je pense que je leur appartiens, mon âme se dilate et se fond en larmes de reconnaissance ; elle ne voit que bonheur dans ses privations. Dieu pourrait-il me faire d’autres faveurs ? De sa part, il n’y a que le martyre à me donner. Mais de la mienne, à douleur! que j'ai mal correspondu! Je suis à vos pieds, ma mère, dans le Cœur de Jésus ?. L'évèque, parfois témoin de ces labeurs courageux, demandait en riant à M"° Audé si c'était à la cour de Napoléon I‘ qu'elle avait appris ce beau métier de vachère *. D'autres fois il répétait avec admiration : « Elles sont bien de la race! » se reportant, par allusion à « cette race des forts par qui seule, dit l'Écriture, le salut a été donné à Israël. »

Cette allégresse courageuse de M"° Duchesne venait uniquement de Dieu; car, comme elle l’écrivait, elle n'avait encore trouvé dans ce pays personne, pas même M Dubourg, pas même M. Richard, à qui son

1 Journal, p. 10, des 28 septembre et 28 décembre 1819. 2 Fleurissant, 28 novembre 1819, 3 Notes par une ancienne élève de Saint-Louis ; in-8, p. 9.

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