SON APPUI EN DIEU SEUL
âme pôût s'ouvrir et s'abandonner. Il y avait, pour ainsi dire, deux cœurs dans ce grand cœur : un cœur tendre et ardent pour Jésus-Christ, l'Église, les âmes, le prochain : ce qui faisait l'admiration des serviteurs de Dieu; puis un autre cœur, austère, pénilent, mortifié, qui recouvrait sa bonté d’une apparence sévère, et inspirait tout d’abord plus d'estime que d'attrait, M“ Dubourg écrivait à la mère Barat que Me Duchesne « était une vraie sainte, mais qu’elle manquait un peu de la suavité de saint François de Sales. » M"° Duchesne, de son côté, se rendait trop bien compte « qu’elle n'avait pas fait au premier aspect une impression favorable à M# Dubourg : « C'était, écrivaitelle, ce qu'il me fallait dans'un lieu où tant de désirs m'avaient transportée , et où je me serais trop complu dans la bienveillance de mon premier Pasteur. Le Dieu seul et l’Ila Pater ont un nouveau goût dans cette siluation où je sens que la divine Providence ne m’abandonne point. Il me semble en être investie, et la toucher de mon cœur et de mes mains. » Puis, peu de temps après, dans une seconde lettre : « Les consolalions sont perdues pour moi. Mon cœur cherche à s'appuyer et ne trouve que Dieu seul. Dans cette pente qu'il a à se soulager, je jetais les yeux sur Mf Flaget, évèque de Bardstown , mais il n’est pas venu. J'ai pensé aussi au saint M. de Andreis, provincial des Lazaristes, mais il est toujours malade. Il me faudra donc rester avec Dieu seul, mon âme n'ayant pu se livrer depuis que j'ai quitté la France.
M. l'abbé Delacroix étant parti pour une mission au
! Fleurissant, 27 septembre 1819.
bord de la Gasconade, M. de Andreis fut envoyé pour le “remplacer. Ce fut une consolation pour M"° Düchesne, laquelle disait de lui et de Mf Flaget : « Ce sont deux saints d'une réputation universelle, et dont Dieu bénit visiblement le ministère !. »
Félix de Andreis était un prêtre piémontais ?, Il professait à Rome la théologie dans la maison de son ordre, à Monte-Cilorio, avec un grand éclat de doctrine et de parole, lorsque M" Dubourg, en traversant l'Ilalie, l'avait enrôlé pour sa mission de la Louisiane, Il l'avait fait ensuite son vicaire général. C'était une âme mystique et apostolique. Lui-même a raconté l'attrait qu'il éprouvait, dès sa plus tendre enfance, pour les choses célestes, et de quel ravissement le transportaient les cantiques sur l'amour de Dieu et de la Vierge Marie, que lui chantait alors une tante maternelle. Poële lui-même, il célébrait en vers son ange gardien. Plus tard il se plongeait dans l'étude des écrits de sainte Thérèse et de saint Jean-de-la-Croix. Esprit élevé, cultivé, sachant également bien les langues sacrées et profanes, l'hébreu, le grec, le latin, le français, l’espagnol, il eût pu aspirer à toutes les dignités ecclésiastiques; mais la solitude l’attirait, et ce goût n'était combattu en lui que par le zèle du service des âmes. Un pelit livre, Dieu seul, alluma définitivement en lui la flamme sacrée de l’apostolat. Dès lors il souhaita d'être martyr pour sa gloire. C’élait dans cet espoir qu'il était parti pour les missions étrangères, mais sans perdre l'habitude de sa conversation intime avec
1! Fleurissant, 29 septembre 1819,
2 Voir sa vie en anglais : Life of the very Rev. Felix de Andreis. Baltimore, 1861.