‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 139 sur 270 · MONSIEUR FÉLIX DE ANDREIS · texte numérisé non relu

MONSIEUR FÉLIX DE ANDREIS

le Ciel, Tout ce qui l'en rapprochait avait le don de le transporter. M"° Duchesne raconte qu'un jour, à la ferme, M Dubourg ayant demandé à M'"° Octavie de chanter, en présence de ce vénérable prêtre, le cantique composé par le P. Barat en l'honneur du nom de Marie : « Le bon saint, dit-elle, manqua nous donner le spectacle de saint Jean-de-la-Croix tombant en extase au chant de sainte Thérèse et des Carmélites. Il rougit, pâlit,.trembla, se serra sur sa chaise, s'y laissa tomber, et enfin pleura... Il a tellement goûté la solitude de ces bois, qu'il ne cesse de dire qu'il y a passé les plus heureux lemps de son séjour en Amérique. Les cantiques de Sion chantés dans celte terre le ravissaient. Il s'était déjà plu, le long de l'Ohio, à faire éclater les noms de Jésus et de Marie là où ces noms sacrés n'avaient jamais été ouïs !, »

Quelques pensionnaires de la maison de Saint-Charles avaient été amenées à la ferme de Fleurissant : « On est, dit M"° Duchesne, tellement acccutumé à être mal logé dans ce pays, qu’on n'est pas rebuté de nous confier des pensionnaires des plus riches familles. » Les soins de l'éducation donnée à ces enfants, une retraite prèchée par M. de Andreis et les travaux de champs, remplirent les quatre mois environ que dura le séjour à la ferme. A la fin de décembre 1819, le curé de Fleurissant écrivit à M"° Duchesne que « la terre sainte était prête el lui serait ouverte avant Noël ».

Celle-ci y fut le 21 décembre de grand matin. « En arrivant au village, raconte une de ses lettres, j'enten-

1 Journal au 9 octobre, p. 11, et lettre aux élèves de Sainte-Marie, Aer mars 1819.

dis sonner la messe, et allai d'abord à l’église. Les paroles de la liturgie m'’ayant rappelé qu'on célébrait en ce jour la fête de saint Thomas apôtre, mon âme se senlit dilatée par la joie de mettre le pied dans notre établissement en un tel jour. Saint Thomas et les deux saints François Xavier et Régis furent tour à tour suppliés d'obtenir de Jésus et de Marie que cette fondation fût à la gloire de leurs Cœurs !. »

Le 23 et le 24, les autres religieuses, empaquetéés dans des couvertures de laine, transies de froid, hérissées de glaçons, poussant difficilement leurs bestiaux devant elles, arrivèrent successivement, à pied et enfonçant jusqu'aux genoux dans la neige, sans autre indice de route que la trace récente des cochons et des animaux sauvages. Mais il faut permettre à M"° Duchesne de nous donner ces détails, dans une simplicité qui met les personnes et les choses sous les yeux : « Le froid, écrit-elle, nous Ôtait tout mouvement. J'avais voulu conduire avec amitié notre dernière vache, n'ayant jamais pu la lier, et j'avais rempli mon tablier de maïs dans l'espoir de me faire suivre. Mais elle, préférant sa liberté, courait à travers les champs et les broussailles, que nous traversions pour la rattraper, enfonçant dans la neige, et accrochant aux buissons nos voiles et nos habits ; de sorte que nous finîmes par prendre le parti de la laisser retourner à l’habi tation... Je portais dans mes poches mon argent et mes papiers ; mais les attaches se rompant, tout tomba dans la neige, ainsi qu'une montre, qui s’y enfonça comme le reste. Le vent ayant soufflé de la neige sur

1 Lettre du 1e mars 1820, Journal, p. 13,

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