SA CHARITÉ POUR LES PRÊTRES
pendante , rebutée, étant celle de Notre-Seigneur, nous l'embrassons comme venant du Cœur de Jésus. Ce que je vous exprime là est le sentiment de chacune de vos filles de la Louisiane. Mais ce sont les deltes qui me piquent le cœur. »
Ces dettes s'aggravèrent tellement, qu'il arriva un moment où les créanciers menacèrent de saisir la nouvelle maison et d’en expulser la communauté. Dieu intervint à temps. Des secours envoyés de France par la mère générale, par les mères Geoffroy, de Marbeuf et de Gramont d’Aster, ainsi que par M" de la Grandville et de Rollin, remirent à flot la petite barque près de faire naufrage : « Ah! disait M"° Duchesne dans sa reconnaissance, je suis si confuse des peines que l’on prend pour nous, et de tout ce que nous coûtons, que cela serait capable de me faire repentir de mes anciennes poursuites pour venir ici, si je n’élais toujours persuadée que c'est la volonté de Dieu que nous y soyons !. » |
C'était de concert que ces âmes oublieuses d’ellesmêmes bénissaient, glorifiaient cette volonté divine, si rigoureuse quelle fût : « Nous sommes bien contentes dans notre pelite maison de briques, écrivait M"° Berthold à la mère générale. M"° Duchesne nous y donne l'exemple de toutes les vertus; et malgré la souffrance que me cause la douleur d’être éloignée de vous, je n’en serai pas moins courageuse à consommer le sacrifice renaissant chaque jour... Ne porté-je pas sur ma poitrine : Cor unum el anima una? Fleurissant, Paris, Grenoble, Amiens, Saint-Acheul, etc., sont tous ren-
i Au P. Barat, mars 1821.
fermés dans celte chère devise. Les milliers de lieues, la mer , le Mississipi, ne sont pas des distances dans le centre adorable du Cœur de notre Maître !. »
Donnant le ton la première à cet hymne d'action de grâces, M"° Duchesne écrivait peu de temps après : « Toutes , nous persévérons dans l'espérance que nous serons bien établies un jour. Mais maintenant les ténèbres sont bien profondes pour y voir. Nous avons du moins l'expérience qu’on peut allier le bonheur avec beaucoup de peines. Nous sommes toutes contentes de notre destination, n'avons aucun repenlir, et sommes disposées à demeurer en paix au milieu des mauvais succès ?. » — Cette disposition, elle la montra bien, lorsque, dans ce même temps, son frère, qui n'avait pu comprendre son départ, Jui ayant fait offrir une somme pour lui donner le moyen de revenir en France : « Dileslui, lui fit répondre sa courageuse sœur, qu'il emploie plutôt cet argent à payer le voyage de deux nouvelles religieuses pour la Louisiane. »
Ainsi, comme une vaillante sentinelle d’avant- poste, perdue dans le désert, loin des grandes batailles et des affaires glorieuses, M“° Duchesne protestait qu’elle et ses filles sauraient rester là, à ce poste, patiemment et joyeusement, l’arme au bras, manquant de tout, sous un ciel de glace ou de feu, jusqu’à ce qu'elles fussent relevées de leur faction par la mort ou par la vicloire.
L'œuvre de la charité, de l'hospitalité telle que nous venons de la peindre, ne préjudiciait pas à celle de l’é-
1 Fleurissant, 19 mars 1819, 2 En 1820 {sans”date de mois), n° 8.