‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 143 sur 270 · BESOIN ET PROJET D'UN NOVICIAT · texte numérisé non relu

BESOIN ET PROJET D'UN NOVICIAT

que la mission puisse se soutenir par elle-même !., » A quoi M"° Duchesne faisait écho dans ces lignes à la mère Thérèse : « Priez Dieu qu’il nous envoie des sujets de ce pays, car , si nous les attendons de France, les dangers et les frais du voyage, la difficulté de s’acclimater nous laisseraient toujours en très-petit nombre ?. » Mais si l'établissement d’un noviciat indigène était l'entreprise la plus indispensable pour vivre et se perpéluer , c’élait aussi pour le moment celle qui présentait le moins de chance de succès. L’évèque l'avait bien compris quand il écrivait : « Il serait prématuré de compter sur des recrues de sujets indigènes. De pareilles vocations, s’il s’en manifestait-quelques-unes ici, demanderaient un très-long temps pour être mûries, et un plus long encore pour être rendues utiles. Mais le fait est que ce serait tout détruire aujourd’hui que d’encourager quelques-unes des élèves dans des idées de ce genre. Il faut attendre que l'éducation d’un grand nombre de demoiselles ait réformé les préjugés contre l'état religieux *. » Le plus grand préjugé, selon lui, avait sa source dans le caractère américain, dont l’esprit d'indépendance ne voulait rien entendre au vœu d'obéissance, dont l'esprit d'égalité rendait impralicable la distinction fondamentale que l’Institut établit entre les coadjutrices et les religieuses de chœur. « Il sera difficile , avouait M"° Duchesne, de prononcer deux rangs, Ici, tout veut être égal. Sans doute, par le fait, il y aura forcément inégalilé, à cause de la différence de lalents, d'éducation et conséquemment d'emploi. Mais

1 Paris, 27 septembre 1819, 2 30 novembre 1820, p. 4.

Saint-Louis, 30 novembre 1819,

dire à une postulante qu'on la reçoit pour servir, c'est une chose que personne n’accepterait ici'. » Une grande foi, et la foi seule, pouvait faire comprendre aux volontaires et nobles servantes de Jésus-Christ, que « le servir c'est régner », comme s'exprime l'Église.

C'était donc là un obstacle réputé insurmontable, une sorte de fort imprenable qui barrait le chemin aux conquêtes du Sacré-Cœur. Il fallait l'enlever. Ce fut l'heure d’une bataille: bataille étrange comme toutes celles que nous verrons se livrer dans le cours de cette histoire, comme toutes celles que de tout temps a livrées l'Église, où c’est dans l'infirmité que se trouve la force, dans la ‘perte le gain, dans la souffrance le succès, et dans la défaite la victoire.

Animant ses religieuses à ce douloureux combat, la mère générale leur prédit que la lutte sur ce terrain

serait longue, mais le triomphe certain : « Ma bonne

Philippine, courage et confiance! Vous êtes encore dans les travaux de l’enfantement. Ce temps pénible passera, et ce que vous aurez semé dans les larmes, vous le recueillerez dans la joie. » Et dans une lettre suivante, déployant à leurs yeux le signe qui fait les vainqueurs : « Si c’est par la Croix que notre Société a été fondée, votre maison doit y participer autant que nous, puisque vous serez la première maison du pays, et je prévois pour vous bien des ennuis. Mais Jésus sera avec vous, je n’en doute pas, car c'est pour lui que vous souffrez *!. »

M"° Duchesne fit répondre qu'il ne fallait rien craindre, qu'elle avait bon courage et entière confiance :

1 À Me Barat; Saint-Charles, 29 juillet 1819. ? Paris, 12 et 16 juin 1820.

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